vendredi 28 février 2014

Sonrisa.


Nous sommes dans le bus avec Izlé, dans cette carcasse urbaine cinétique que j'aime tant. Le mouvement me permet souvent de faire abstraction du condensé humain, je me plaque contre la vitre laissant la masse des voyageur-euse-s derrière moi, me laissant aller entre elle et le paysage vitré. Ce soir-là il y a Izlé entre les deux, me tenant la main, adossée à la vitre et alors me toublant le choix du paysage que je souhaite opter entre son premier plan et le second plan de la rue.
Elle gagne évidemment mon attention, de sa présence caressant mes trajectoires d'ordinaire solitaires ou isolées. Il y a un magnétisme en cette fille que le monde a forcément cherché depuis toujours à qualifier, à comprendre, mais s'en est résolu modestement à céder les qualificatifs pour juste ressentir, éprouver.

Mon attention s'amplifie lorsque je la vois sourire le regard au-delà de moi. Les sourires d'Izlé ont quelque chose au ralenti, quelque chose d'ici - intensément - mais qu'elle semble aller puiser dans le lointain, dans une contrée qui ne l'a pas accueillie depuis longtemps. Il y a ce 'longtemps' dans ses sourires, elle parcourt un long chemin et il est possible de voir dans le sillon de ses lèvres la traversée (ou l'exode) qu'elle a effectuée. Ça remplit d'humilité, et si son sourire vous est destiné par son regard alors ça remplit de générosité.
J'évite d'entrer dans la tête des gens en leur demandant « pourquoi tu souris ? à quoi tu penses ? », surtout d'elle dont j'ai envie de savoir tellement de choses. Puis la regarder ainsi sourire ailleurs me suffit, je n'y suis pour rien et je trouve cela précieux d'observer comment elle sourit au/du monde. Observation émue que je tente la plus discrète possible pour ne pas déranger sa joie anonyme. Sans me regarder, toujours souriante mais toutefois s'adressant à moi, elle dit comme une ellipse poétique : « cette petite fille qui s'endort sur sa mère... ». Je ne peux pas visualiser ce qu'il se passe derrière moi, mais j'aime tellement me figurer les personnes qui s'endorment que je souris aussi. Elle complète : que c'est une gamine qui est en train de s'endormir debout contre sa mère, qui parvient dans ce capharnaüm roulant à tenir une position debout endormie. Je comprends que le sourire soit imperturbable.

Je devrais peut-être à ce moment lui dire que parvenir à s'émerveiller de ce genre de scènes magiques, de photographies quotidiennes, la rend pleinement vivante à mon âme. Je ne lui dis rien, j'enfile l'émotion dans mon sang qu'elle sentira peut-être dans ma main.
Je repense depuis souvent à cet instant, il y a une petite fille qui a permis de rendre compte un peu plus de la beauté d'une grande fille. C'est à vrai dire à la petite fille que j'aimerais raconter tout ce qui me bouleverse de la grande fille, lui racontant entre autres que regarder la grande fille dormir le matin de cette journée-là valait tous les repos du monde.












mercredi 26 février 2014

Les innombrables restants.


Edit : merci pour le très chouette
commentaire « anonyme ». 


Je reçois le courrier d' « admission de prise en charge » du centre anti-douleur du CHU. La dénomination emphatique est exactement : « centre fédératif douleur, soins de support, éthique clinique », ça claque du côté Atlantique.

J'ai deux réactions, deux mouvements émotionnels en fixant hébété la lettre.
L'espace s'agrandit autour de moi. Ce courrier comme un pass VIP [P : Patraque, Pâlot, Pâtissant, etc.], une carte d'entrée dans le club de l'antalgie, il faut des mois voire des années pour y accéder, pour traverser la liste d'attente et la bureaucratie clinicienne. C'est un des rares domaines où je supporte la terminologie de « prendre en charge », volontiers pour leur décharger la douleur.
L'espace se rétrécit vers moi. Réalisant accéder à la zone des zombies, celleux qui se bouffent de la douleur de mort-vivants depuis quelques siècles, qu'on va tenter une ultime fois de shooter le quotidien avant le palliatif. J'exagère forcément, mais en avoir conscience n'atténue pas la boule dans la gorge dont j'hésite à avaler le courrier pour jouer au billard dans ma trachée anxieuse.

Ce courrier grésille donc.
Ou plutôt c'est moi qui grésille. De cette période où j'approche le rendez-vous de pneumologie que je repousse depuis... 2 ans. Là où il m'est sommé d'y aller tous les 6 mois, d'où je pourrais dealer disons d'y aller tous les ans. L'odieuse marâtre de pneumologue - vers qui suis dirigé obligatoirement suivant leur sectorisation pathologique - rencontrée il y a 2 ans, m'infantilisant ricanante, annihilant tout dialogue et informant abolir la présence de mes ADV en cas d'hospitalisations (« on sait s'occuper des gens comme vous » = attendre des demi-heures pour aller pisser, etc.), m'avait refroidi vers l'ère glacière.

Il y a cette Cerbère, mais il y a surtout les résultats qu'elle annonce.
Ce sont des chiffres, juste des chiffres...
Ça ne parlera jamais de l'élasticité moelleuse de mes tissus pulmonaires, de la danse aérienne de mes échanges gazeux, de la douceur chaude de mes grands pectoraux, de la musicalité de mes bronchioles, de la témérité de mes scalènes douloureux.
Non, ce que tout le monde attend c'est la CV. Capacité Vitale, le volume respiratoire. La place que mes poumons laissent pour respirer. En 2005 j'étais à 47 % [signifiant : d'un adulte « normal »], c'était joli 47 % alors que je tremblais bêtement d'être en dessous des 50. Courant 2009 il était question de 33 %, j'adore le chiffre 33 alors je m'en accommodais, bien qu'il m'avait été indiqué que descendre en dessous des 30 serait une autre histoire.
Chez Winnie ce week-end en étant assis par-terre dans sa chambre solarium j'essaie d'observer les chiffres qui jacassent dans ma tête ces temps-ci. C'est comme une générale, je suis mon public de choix avant la représentation au CHU : « ok prépare-toi à entendre par exemple... 24 %... voilà, 24... wow, non non non, ce n'est pas possible [je regarde mon thorax]... bon, et pourquoi ne pas tenter autre chose que la logique régressive ? Tiens, si je me préparais plutôt à "toujours 33 %", et pourquoi pas à soudainement 39 % ?! C'est vrai ça, je suis en train d'infliger une angoisse négative à ce corps alors que je n'ai qu'à figurer 57 % ! Illusoire, mais soutenant. Hmm. »

Il s'agit de plein d'invocations d'une magie qui se cherche entre un cri sourd et des mathématiques galopantes. Entre la solitude adossée au mur de cette chambre et la solitude du box des EFR du département pneumologie d'ici peu. Entre ne pas vouloir perdre et savoir ne pas gagner. Entre l'invention de la réalité et la fabrication puissante de mon existence. Entre comprendre et ignorer.
Il s'agit de mon blocage lâche de la trachéotomie, de ma grande gueule pairémulatrice pour les autres et du forfait qu'il semble que je déclare pour moi-même. Et je m'en déteste.
Il s'agit des ami-e-s que j'aime profondément, qui m'insufflent au creux de chaque alvéole leur amour inconditionnel, dont je-ne-sais-quoi faire à mesure du rétrécissement de celles-ci. De ma prévisible ingratitude à ne pas vouloir être aidé, la fierté orgueilleuse d'un cow-boy de déserts.
Il s'agit d'Izlé qui bouscule tous mes horizons moléculaires, avec une délicatesse de pur oxygène. Il y a quelques semaines en rentrant du studio de l'Ermitage, remontant une rue du 20ème sous une pluie battante d'où je m'inquiète forcément de mes poumons ne devant pas s'enrhumer, je m'arrête net ressentant en moi Izlé et m'écriant à Jo ruisselante à quelques pas : « hey tu sais quoi, je vais vivre, JE VAIS PUTAIN DE VIVRE ! », Jo sourit alors aussi large qu'une éclaircie. Pour autant ne pas savoir quoi / pourquoi / comment dire à Izlé, se sentir un tank voulant lui approcher des infos balistiques sur la pointe des pieds. Avec l'impression d'être un cadeau empoisonné.

Sauf que l'énergie de vie est une arithmétique que je sais manier à merveille malgré mes fébrilités physiologiques. Il y a une force qui n'a pas d'organes, qui se loge dans un interstice passionnément é~mouvant.
Ce week-end chez Winnie il y a un moment prodigieux où je me sens physiquement bien, fort, plein. Notamment mes poumons sont vastes et tranquilles, d'une certitude que je ne leur ai pas connue depuis très+très longtemps. Il reste d'innombrables ressources (et je m'amuse du paradoxal à considérer des « innombrables qui restent »). Je liste les convergences pouvant contribuer au bien-être imprévu : chez Winnie je dors rassuré, je mange volontiers, l'air est cultivé et les rires sont horlogers (que nous partageons en délice avec Pob), elle est un joyau d'humanité parfaitement sensée & insensée, puis durant ces quelques jours Izlé rayonne continuellement dans mon poul vibrant.


Inspirer. Expirer.
(Et reprendre le Feldenkrais, avec inscription aujourd'hui.)


Chien de fusil.


La peur est un chihuahua, un cabot qui va mordre n'importe qui pour conjurer l'angoisse d'être tout petit, trop petit parmi les grands.
De la nuit de jeudi à vendredi ce chien a pissé quelque part en moi. J'ai discuté le début de la nuit avec Izlé, elle revendique qu'il serait peut-être temps que je lui exprime mes peurs plutôt que de fanfaronner, cette fille est futée avec une conscience d'arc. Alors mes peurs, mes peurs... oui... mais non, j'ai plutôt un train à prendre, comme une grande dérobade machinique. 

Le réveil est pour 3:45, direction la gare pour un train (de fauché forcément tôt) vers Saint-Étienne. Je dors 40 minutes, à vrai dire sans vraiment dormir. Je me ré#veille d'humeur de petite pisse canine. J'empaquette les dernières affaires, trop hagard pour vérifier l'impression que j'ai que le chihuahua n'est plus dans sa niche mentale.

Guichet de la gare, ritournelle sordide de l'enregistrement PMR version SNCF. Sauf que la vieille guichetière me reconnaît et m'accueille avec un sourire matinal, dont je ne sais que grimacer quelques dents carnassières. À sa question procédurière « où allez vous ? » mon cerveau ne sait que clignoter « Paris Paris Paris Paris », je lui balbutie « ow... euh, excusez-moi, je ne sais plus... attendez je vais regarder les billets ». Avec cette sensation que je surprends d'avoir de l'urée de chihuahua dans la gorge.
Le temps d'attente je sors à toute allure fumer une clope. Je tremble presque, je prétexte l'alchimie particulière de l'insomnie avec l'aurore, je me cale visuellement sur un petit bout de ciel, je fais le chien respiratoire.

Un type de physionomie balourde accompagné de son clone me demande si je peux lui filer une cigarette, j'accepte toujours. Mon ADV la lui tend, je m'éloigne ne voulant pas entendre un merci qui n'a pas lieu d'être, mais je ne suis pas assez éloigné et l'entends dire à son compère « oh le pauvre, t'as vu comment il est, j'aimerais trop pas vivre comme lui ! ». Les deux se décalent un peu pour mieux me scruter dans mon retranchement, leurs regards forment un tunnel massif jusqu'à mon esprit. Le balourd ajoute d'un ton de voix mi-pitoyable mi-nonchalante à l'encontre de mon ADV « si tu veux je peux moi aider à le faire fumer, parce que ça doit être trop horrible que tu t'occupes de quelqu'un comme lui, c'est super triste sa vie ». Des crocs mordent le morceau de ciel que j'essaie de me réserver.
Dumb & Dumber continuent résolument de me dévisager à quelques mètres. Mais c'est une voix hors champ que j'entends maintenant, un gars franc-parleur qui raconte à un proche mais toutefois à tonalité beuglée aux alentours : « ouais t'vois moi les filles j'les baise bestial, tant qu'elles disent rien bah, eheh, j'y vais comme j'le sens, bestial... [son pote : « bah ouais »] La première, j'me rappelle, je n'ai rien eu à faire, elle faisait tout et je n'avais qu'à m'laisser faire, ch'ais pas elle mais moi c'était trop bien... et puis maintenant j'y vais sur les meufs ! ces salopes, quoi, t'vois... [son pote : « bah ouais »] » Je supplie que mon système auditif daigne pour une rare fois filtrer, mais il me met juste aux abois. 

Intérieurement quelque chose vacille. Presque viscéralement je fonce dans le hall de gare, cherchant frénétiquement à me rapprocher des chauffages verticaux à tubes rayonnants destinés au public, besoin d'un chaud irradiant, irréfutable. Les deux colonnes sont assaillies de voyageur-euse-s entre aube et rails, je n'ai aucune chance territoriale.
Je me replie contre un coin de mur, comme me laisser glisser le dos jusqu'à m'accroupir parterre, prendre ma tête dans les bras. Et alors entendre japper en moi, entendre ce chihuahua qui rage jusqu'à des larmes dans mes yeux. La bave du clebs qui innonde mes paupières dit juste cela : « Izlé est tellement belle dans tout ce merdier de vie, si je ne vaux pas cette beauté alors je ne deviens que merdier ».

Cette bave est à vrai dire limpide, ce matin-là j'ai peur. Peur de sentir que je suis en train de tenir à Izlé comme un morceau de ciel que je peine à trouver lorsqu'elle n'est plus là. Peur d'être tout petit sur mes quatre pattes face à la longitudinale joie qu'elle ne cesse de déployer bien mieux que les chauffages des halls de gares.






















mardi 18 février 2014

Bribes de pas anato-urbains / points d'ancrages fluides.

Je note,
à toute allure, à vive allure : 

territorialité ==> micro-territorialité
: les cartilages, zones intermédiaires mi-fibreuses mi-osseuses, moelleuses // vibrantes, dédiées à l'espace de l'accueil-contact et du mouvement suivant une plurimodalité du sensible & du fonctionnel
___> mon accueil d'Izlé atteint ce genre de micro-territoires, autant qu'elle s'y cale finement (hier en écoutant Alice Coltrane je sens Izlé pénétrer délicatement mes cartilages)
___> isolez un cartilage de l'anatomie complète et vous perdez de la territorialité, pour autant l'accueil troublant, l'affect en mouvement existe, se déterritorialise à volonté justement pour exister, continuer à exister.
] Continuer à jouer. Articuler du jeu. Éprouver d'être joueur-euse-s mutuel-le-s, se multiplier les terrains. [

Que le troub*le envers quelqu'un-e, le « tu peux venir en moi (viens) », explore des territoires dont les plaisirs s'ils se trouv*ent opèrent cette dynamique de se déterritorialiser joyeusement. Non pas pour s'isoler du monde, mais pour multiplier ce monde, pour créer des repères de désirs & plaisirs qui ne font territoires/terrains qu'en mouvant/jouant.

* Hier Bro me demande si je sais qu'en espagnol le 'b' et le 'v' sont phonétiquement assez similaires, oui je le sais, ça s'écrit même.

}  Autrui est le territoire. Mobile, cartilagineux.
}  Déterritorialiser est une mécanique érotique (affection intellectuelle, sensible, esthétique, charnelle, silencieuse, animale).

Suis un joueur improbable. (Qui se croyait illégitime ?)
La probabilité de la rencontre avec Izlé bouleverse chacune de mes territorialités. Et c'est très bien. « Très bien. »

samedi 15 février 2014

Ouvert 24/24 7/7.


Izlé, je vais t'offrir une quincaillerie. De ces quincaillerie que tu aimes tant.
Tu y trouveras tout ce qu'il faut pour vivre, avec des produits manufacturés pour durer bien plus que de la survivance de basse qualité. 
Il y aura des boucliers soyeux pour tes socialités, des baudriers élastiques pour tes escalades, des murs en velours pour tes équilibres, des mégaphones silencieux pour tes cris, des scies musicales pour scinder tes croûtes de blessures, des marteaux défibrillateurs pour encourager ton coeur, de l'antirouille de sommeil pour que tu puisses rêver, des clous lumineux pour accrocher tes souvenirs, des vérins pour propulser tes joies, des scies sauteuses pour danser, des postes à souder les étoiles pour te faire quelques constellations, des robinets de goutte-à-goutte pour évacuer tes peines, des colliers à tourillon que tu pourras offrir comme bagues à tes ami-e-s, des charnières invisibles pour ouvrir des portes insoupçonnées, des écrous charnels pour assembler tes plaisirs, des joints transparents pour ne pas laisser fuir tes sourires, des pinceaux émus pour peindre intérieurement du poul vif, de la mousse expansive moelleuse pour capitonner tes envies, une ponceuse nuageuse pour toutes les « âpretés » qui t'inquiètent, du White Spirit pour les angoisses, des forets patients à transpercer les impossibles.

Tous ces outils tu ne sauras pas que je les ai fabriqués pour toi.
Qu'ils sont tous faits d'air et de rires. 
Et que lorsque tu les manieras, lorsque tu les utiliseras, ce que tu réaliseras pleinement, doucement et profondément, c'est que ces outils pour vivre ils sont déjà en toi Izlé. Tu as déjà cette quincaillerie en ton esprit, en ton coeur et ton ventre.

Tu aimes ce type qui escalade dans le monde toutes sortes de parois quasi nu. Il est passé un jour à la quincaillerie, et tu sais quoi : il a regardé tous les produits, il les a méticuleusement saisis, manipulés et observés, puis il s'est déshabillé, il a posé toutes ses affaires sur un étalage et est sorti de la boutique. En souriant apaisé.






mercredi 5 février 2014

mardi 4 février 2014

Ostéopathie machinique.


Je m'assois au lit et commence à transmettre les instructions à l'assistant.
> Installation du cric sous le palonnier de mon fauteuil, le plus près du châssis possible, élévation d'une quinzaine de centimètres. Appuis d'un bout à l'autre du palonnier, voulant vérifier si la fixation centrale présente une mauvaise torsion en interne, à cause d'un son de frottement que j'entends ces derniers temps lorsque je porte quelqu'un-e sur le palonnier ==> me donnant l'impression qu'on me force sur le bassin (du coup j'arrête de porter, ça me manque). Rien de défectueux.
> Par contre le capot arrière est complètement déboîté, une vis a lâché avec les vibrations, des connectiques sont à l'air libre. La gaine d'un câble est dénudée, je la panse de Gaffer. Vérification des connectiques des câbles-bus. Ajout d'une rondelle avec nouvelle vis pour refermer le capot.
> Vérification des fourches des roues arrière, roulements à billes nickel, gomme correcte. Par contre jeu en latéral de la petite roue gauche ==> me donnant l'impression que mon talon vrille ; écrou resserré d'un demi-tour, fonctionnel.
> Même vérification pour les petites roues avant qui elles n'ont plus de gomme (et bousillent le parquet dans ma chambre), et moi qui n'ai pas actuellement le fric pour en commander, mais qui n'ai plus le choix non plus...
> Resserrage d'une vingtaine de vis, moins pire que présumé. Oxydation avancée mais encore tenable (n'ai pas le temps de poncer + antirouille).
> Grosses roues centrales : jeu du moyeu gauche d'environ 3 cm, droit de probablement de plus de 5 cm, le droit me gênant beaucoup depuis une semaine avec désaxe en latéral + son ==> impression luxation hanche. Rouages complexes avec moteurs d'inclus, pas de dévisseries constatées, je ne parviens pas à réduire le jeu. Je dois faire attention à mes mouvements particulièrement à droite [logique d'usure : je suis droitier].
> Vérification de l'état de la corde bricolée de maintien du repose-pieds (pas le fric non plus pour réparer le vérin), l'impression d'1 ou 2 cm manquants ==> ressentis dans les talons et mollets. La corde a peut-être pris un peu de souplesse mais n'est pas cisaillée ni très lâche.
> Accoudoir droit remonté de 5 mm, avec ajout d'une discrète butée de contrefort vissée au rail de fixation ==> tenter de relâcher un peu de tension dans l'épaule de conduite [mais peu convaincu des essais de conduite d'hier soir, pesanteur faisant trop insister mon bras sur le du mini-joy, obligé de compenser en tordant le poignet ; probable redéscente de 5 mm demain].

Une quinzaine d'outils par terre, clés Allen françaises et US, clés à pipe, clés plate, tournevis Torx, tournevis plat, tournevis cruciforme... Des ustensiles presque charnels pour moi, qu'ai appris à utiliser comme d'autres ont appris à faire du vélo.
Je regarde le fauteuil vide. La moitié de mon cerveau accaparée par l'inquiétude financière, les pièces qu'il faut que j'achète, sa durabilité (probablement 2 ans vu mon utilisation intensive), le choix cornélien - dégueulasserie capitaliste - du prochain... L'autre moitié du cerveau constate sa beauté mécanique, comme s'il est possible d'observer une ossature en dehors de sa propre peau. Et sa loyauté d'autonomie, sa puissance autant que sa finesse.

Cet agencement métallique et technologique est la partie externe de mon corps (je ne me sens plus par contre comme à une époque de dire que le fauteuil est mon corps), mes mouvements dans leurs équilibres, dans leurs spontanéités, dans leurs interactions environnementales, y sont fortement liés. 
J'ai ce nouvel assistant qui, dans le bus ou à la bibliothèque lorsque nous vaquons chacun à nos occupations mais que sa présence proche est requise, pose son pied sur des parties de mon fauteuil, cale sa jambe pliée sur un de mes axes... comprenant bien que pour lui il s'agit d'une posture de détente et de confiance, j'ai eu assez de mal à oser lui dire - le plus gentiment possible - la semaine dernière que je préférais qu'il ne fasse pas cela, que seul-e-s les personnes intimes de mon entourage peuvent ainsi se reposer « contre moi, parce que je sens où vous posez vos pieds, parce que le fauteuil fait partie de mon corps, et que je ne souhaite pas cette intimité physique entre nous ». Il était gêné, moi un peu aussi, mais j'ai souri en le voyant les minutes suivantes chercher une chaise où appuyer ses pieds, réalisant que ça m'allait très bien de ne pas être sa chaise. (Idem avec les gens dans les transports en commun s'appuyant sur le dossier du fauteuil, une excellente assistante tentant d'expliquer posément dernièrement à un monsieur que ça revient à s'appuyer sur mon épaule anatomique, qu'aucun-e valide debout dans le métro s'appuie ainsi spontanément sur l'épaule d'un-e autre inconnu-e assis-e sur un siège de la rame. Le monsieur très dubitatif - et très valide - a rétorqué « mais je ne touche que son fauteuil ! »)

En fumant une clope je regarde ce grand corps extérieur noir, et survient un trou autrement noir dans le bide. Questionnant : comment peut-elle supporter tout cela. Comment est-il possible que ces 320 kilos entourant mon corps, le soutenant autant que l'armurant, lui soient accueillants. Comment moi absolument immobile & flasque sur cette machine entièrement créée à la mobilité ne peut pas que l'heurter d'inertie. 
Je n'arrive plus à regarder le fauteuil, je demande à l'assistant de me transférer dessus. Dessus/dedans je ne le vois plus, je le sens, et j'allume ce qui se vit.


samedi 1 février 2014

"Gravitational Pull vs. The Desire For An Aquatic Life"


Edit : la peur n'empêche pas la lueur.
[Phrase de cervelle spontanée.]

Hier retour du concert de Roscoe Mitchell, la nuit, la pluie, le saxophone qui brillait, les lumières de la rue qui brillent dans les gouttes sur mes lunettes.
Il s'agit bien plus de ce qui vibre.
Ce qui vibre de la musique de Mitchell, les cartilages osseux rendus vibrants de musique, ce qui vibre en moi, de la pluie que je laisse s'infiltrer comme elle.
Comme elle qui se loge dans les occasions fines des jours et des nuits sans qu'il n'y ait plus de jour ni plus de nuit, juste cette pluie musicale dont je me laisse tremper sur plusieurs rues, de cette lumière urbaine dont je me laisse troubler en marchant tranquillement, j'avale de plusieurs sourires la pluie qui dégoutte jusqu'à mes lèvres.

Je suis imbibé, de la convergence de mon existence à ce qu'elle conjugue avec gracilité, subtilité, sagacité. Suis sous l'averse, le corps est encore plus lourd mouillé et pourtant je suis tellement éveillé (atmosphérique) aux détails internes & externes que je pourrais me décomposer en plusieurs éléments et les maintenir en équilibre aérien.
Comme réunir l'apesanteur.
Cette fille est un champ magnétique aux ultraviolets.




[D'ailleurs, sans lien direct, le magnétiseur il y a une dizaine de jours a trouvé que mon système immunitaire était meilleur que ce que je pensais, « mis à part une inflammation persistante au niveau de la mâchoire et du cou, vous allez plutôt bien, vos énergies partout ailleurs sont vraiment bonnes ». Ça faisait depuis très longtemps qu'on ne m'a pas dit que ce corps allait plutôt_bien. Et ses mains qui naviguaient lentement à quelques centimètres au-dessus, silencieusement et longtemps, c'était très bon. + Moins mal au cou depuis... Merci T&P.]



"Piano Aquieu" - Stars of the Lid


 
(de 2001, "The Tired Sounds of" ==> minimum 70$ le vinyle d'occasion, et le rêvé "And Their Refinement Of The Decline" dans les 100$... argh)