samedi 29 décembre 2012

« C'est peut-être une histoire un peu différente, mais c'est une histoire totale. »


Jo m'a laissé il y a quelques semaines une petite liste de plusieurs musiques/groupes qu'elle m'invite à découvrir suivant nos goûts partagés. Aujourd'hui vacances, juste envie de rester à la cabane et de me plonger dans tous les sons et les images possibles. 
J'écoute le "Well Tuned Piano" de La Monte Young en bricolant dans ma chambre, puis sur sa liste je choisis au hasard Éliane Radigue.
La claque. 
La
superbe
très
grosse
claque.

J'écoute, je regarde. Je plane littéral.








vendredi 28 décembre 2012

Anamorphe.





Ma persistance rétinienne me montre des oiseaux.


70 % des nouveaux-lles assistant-e ne sachant pas bien m'enlever mes futes les déchire, je sature de suturer.


Danser principalement en triangle.


Comment se déshabiller du caméléon ?


J'ai le sexe qui grince.


Une bombe neuronale à la place du cerveau.


Cette chemise, oui oui. 


Hier ai rangé ma piaule, triant des dossiers de notes de travail, des théories polymorphes, des architectures intellectuelles, des propagations paysagères
Qui n'ont servi à rien. Ai tout jeté.
(Le playground est dans ma tête maintenant, c'est une galaxie, libre d'accès à qui sait vraiment jouer en astronaute.)


Chaque ligne architecturale est une portée musicale, chaque mouvement urbain un accord.


« Growing up is difficult. Strangely, even when we have stopped growing physically, we seem to have to keep on growing emotionally, which involves both expansion and shrinkage, as some parts of us develop and others must be allowed to disappear... Rigidity never works; we end up being the wrong size for our world. »
-- Jeanette Winterson, "Why Be Happy When You Could Be Normal?"



Ahah yes.


J'achète des vinyles de classique à ce monsieur qui a une belle collection privée, il s'enquiert de ma faible quantité de sommeil, je lui réponds qu'il y a trop de musiques sublimes à écouter sur Terre pour se laisser à aller dormir.

mercredi 26 décembre 2012

Generic greeting.

J'avoue, c'est quand même bizarre ce truc à Noël de ne pas avoir de famille, de savoir que plus de la moitié de la planète est en diverses meutes.
D'être théoriquement tout de même en vacances, d'avoir du coup pas mal de temps pour culture book/zik/film en vieux t-shirt au pieu, mais cette année de lire une majorité d'inconnu-e-s autant que de potes relater que leur Noël familial ou en groupe, avec repas collectif, sapin, et tout et tout, était étonnamment chouette.

Je me demande quand même quand est-ce que la vie va arrêter d'être bizarre.

On s'en fout.



Préférable : ce film de Steven Sodenbergh, "Schizopolis", 1996. 
Un bijou d'absurdité, du Kafka contemporain. Chaque scène suffit à elle-même. Adoré.




mardi 25 décembre 2012

Champomy forever.

Tri de photos. En voici quelques-unes de particulière mauvaise qualité, prises à la va-vite, mais dont j'aime les histoires.

En Belgique,


 
Le genre de truc assez immonde mais néanmoins presque attachant.

 



 
Manie de photographier les affaires des personnes vivant avec moi lorsqu'elles sont sous la douche, probablement le syndrome Sophie Calle. Là à l'hôtel, j'adorais la pochette de Pneu que Jo - fille démente - était contente d'avoir acquis, et ce numéro de la Revue des Livres qui m'intriguait [si ce n'est la discussion annexe qui s'en est suivie sur les bonnes librairies, à douter que le féérique Monte-en-l'Air de la-dite revue ait fait un effort simple d'accessibilité architecturale... Que Jo et moi soyons fouetté-e-s si une rampe en bois amovible - pas vue - y existe].



(salle d'attente du Pole Emploi)
Et ta connerie d'intégrationnisme hypocrite elle est normale ?
Remarquez qu'en France sur ce type d'affiches ce seront toujours des personnes ressemblant à des valides de représentées.





Photo prise pour étudier un détail technique lors d'une réparation, et puis en renvoyant l'image je me suis dit que merde c'est quand même mon cul tout ça... Un cul rouillé et poussiéreux, parce que bon je n'ai pas de quoi mettre un slip géant là-dessus.

 



Cauchemar moderne, 
démocratie du mauvais goût.



Massage de la pommette moustachère, 
hautement apprécié.



Une salle d'attente d'une petite gare du littoral que j'aime particulièrement. Je ne sais pas trop pourquoi. Pour son nuage de droite sur le mur d'en face. Pour son parquet. Pour sa peinture grise laquée qui fait rebondir la lumière.

 



La vie glamour sous les néons.

 

*


Le véritable glam était hier, réveillon de Noël avec la Duchesse, un arrêt en train de 24h avant qu'elle ne rejoigne par un autre train sa famille.

Glorification mutuelle d'avoir réussi le fantasmé gâteau indien à la carotte, cardamone et pistache.

Nous avons ri, maximum oxygénation. Probablement le plus beau cadeau qui puisse être. 

Aussi depuis son emménagement parisien la Duchesse s'est mise aux salles de sport, haut lieu de mes fantasmes anatomiques, après lui avoir posé dix mille questions sur son entraînement sportif je l'ai suppliée de m'aider à entrer dans la salle de sport kitsch de mon quartier ; malheureusement fermée. [By the way, excellent documentaire qu'est "Boxing Gym" de Wiseman, que ce soit pour la passion de la boxe autant que la qualité cinématographique de ce film, le cadrage des mouvements corporels, le traitement du son... et évidemment l'histoire du lieu.]

Et puis à la nuit tombée nous avons discuté de cette foutue année déc2011-déc2012 qui nous a laminée chacun-e. N'espérant pas grand-chose pour la prochaine à venir, si ce n'est d'avoir convenu que nous n'allons quoi qu'il en soit pas emmurer les blessures. Que s'il y a encore quoi que ce soit à vivre ce sera toujours en cherchant à équilibrer nos sensibilités que nous reconnaissons comme des radars fondamentaux.

Que la neuroplasticité agisse.


lundi 17 décembre 2012

Il avait un goût prononcé pour les photos ratées.

Pourtant il ne s'arrête pas d'en faire. 
Le soir lorsque la pluie s'est calmée et que la nuit s'allume il prend son appareil et sort marcher le long de la mer. 
C'est quelque chose de ne quasiment pas voir l'océan tant il fait noir mais d'être au bord et d'entendre, sentir les vagues claquer.

Hier il est allé chercher des oeufs au village sous une averse d'hiver. Ce qu'il aime.
Il écoute la nuit la pluie sur les tuiles de la chambre.
Il termine la lecture de "20 000 lieues sous les mers" (il est lent). Et il regarde toutes les versions possibles d'Anna Karénine, celles de 1935 avec Greta Garbo, de 1948 avec Vivien Leigh.
Il boit des citrons chauds au miel.
Il discute uniquement avec MiniChat qui le suit partout. 
Même ici il fait des petits tas de papiers qu'il recycle.
Il reste longtemps sous l'eau chaude de la grande douche d'ici, les yeux fermés. Quand il ouvre les yeux il apprécie toujours autant la lumière de la lucarne qu'il considère comme un luxe.
Il passe un sacré paquet de temps dans le lit à regarder l'angle très haut du plafond. (Il pense à Echo et Orion.) Savoir l'océan à une rue lui procure déjà du calme depuis le lit de la grand-mère de la Duchesse.
Lorsqu'il trouve une petite connexion Internet il va voir des photos de Mono Lake, Big Sur, Fårö. Il espère bien plus voyager dans sa prochaine vie.

Il a quand même pensé aux manifs aujourd'hui, il a eu les textos de potes. Mais la connerie humaine est presque désuète là où il est.
Il pourrait se marier ici, avec ou sans autorisation.

















jeudi 13 décembre 2012

Black Peter (bientôt Noël).


Je voudrais une moustache pencil à la John Waters, une vieille salle de boxe, une ablation de la vessie, une apnée avec un narwhal, un établi, des assistant-e-s cyborgs, une ville vegan, du sang bleu Klein, camper un week-end au bord d'un lac de la Lune, un-e pote non-humanoïde qui plairait à MiniChat, une meilleure sensibilité gustative alimentaire, une cabane sur une île (ou dans une forêt), ce casque, une colocation avec Totoro, pouvoir mettre mes mains dans les poches, une patinoire.
* 

Danser seul 2h dans une salle de bains d'hôtel. Fait.

*

Meilleurs derniers moments : en lisant le zine Romka reçu. 
De véritables sourires et larmes en parcourant photos et textes.
Lorsque l'humain-e se répète dans ce qu'il y a de plus vrai & doux.

*

Pote : « et c'est quoi le dernier film que t'as vu ? », moi : « un porno ».
Et merde.
Du souci d'être quasi toujours spontané et au premier degré.

*

Il y a tellement de musiques qu'il faudrait se taire.
Il y a tellement de silences qu'il faudrait les entendre.

*

Limite atteinte : ne veux plus voir ni croire en le/la moindre psychothérapeute-psychiatre, du moins pendant quelques temps de mouvements tectoniques terrestres. 

Et suis quelque part soulagé de ce dégoût. J'assume, j'ai tenté (depuis longtemps), je croyais avoir besoin, en fait je m'en sortirai bien plus à discuter avec les grains de sable.

Celle de ce matin, une remplaçante expéditive sans même me regarder :
- il est noté dans le dossier que vous êtes en peine
°° amoureuse ?
- Fffff... non mais déjà ça ne veut pas dire grand-chose, qui ne l'est pas « en peine ». Ensuite il nous faudrait peut-être un peu plus d'échanges vous et moi pour oser définir le terme « amoureux » que je n'ai certainement pas formulé ainsi. Puis surtout vous n'allez pas cibler ça aujourd'hui ?
- C'est important. Qui était cette personne ?
- [énervé] Non mais... sérieux. J'ai mentionné cela à votre collègue au milieu d'autres éléments de ma vie, je ne vois vraiment pas en quoi c'est primordial pour vous que vous sachiez qui est ce type !
- Donc il s'agissait d'un homme ?
- ......... [je la fixe du genre : tu vas vraiment être reloue toi]
- Vous êtes un homme, lui était aussi un homme... donc... donc il s'agissait d'une relation homosexuelle ?!
- [nom de Dieu je ne sais pas comment te dire que tu as la médaille d'or du cortex en fion...] Euh je ne vois vraiment pas l'importance de répondre à cela.
- Vous avez des relations donc homosexuelles ?
- [gonna kill you on the Xmas tree] « Homosexuelles », autant qu' « hétérosexuelles », et vous pouvez même tout inverser n'importe quand puisque je suis « transsexuel ». Bref ça n'a aucun sens, ça ne m'intéresse pas de réfléchir en ces termes. Ce sont des relations, c'est tout.

> Le pompon : à ce moment-là nous en étions à
°°peine à une dizaine de minutes de son entretien pourri, et elle a franchement été ensuite glaciale, sèche et multi-culpabilisatrice.
J'avoue que bêtement je suis ressorti pour une rare fois le coeur aussi flasque qu'une défécation en stade avancé de gastro-entérite. Ai dégainé mon téléphone plutôt que de chialer bouseux en marchant sous la pluie, j'ai appelé K., me rappelant de ce truc qu'il disait souvent lorsque nous étions ensemble : « j'ai quelqu'une à mettre sur La Liste, elle y va direct celle-là ».

L'autre pompon, il y a quelques jours :
- hmmmmmm... [lancer de croisement de jambes] voyez-vous je commence à douter que vous soyez autiste.
- Bah ouais [désabusé], ça ne m'étonne pas...
[et surtout je t'en prie, apprends-moi 33 ans de ma vie]
- [outrée] Pourquoi dites-vous cela ?!
- Ça semble un peu le jeu en France, tout le monde veut tout remettre en question... Bref. Je vous écoute [blasé-face].
- Il s'agit de quelque chose qui me frappe : vous avez des affects pour les gens autant que des sentiments amoureux pour d'autres, ce qu'un autiste ne ressent pas. Il n'a pas ces émotions pour les autres.
- [oh bordel le vieux cliché de méconnaissance bien franchouillarde] ... Ah. Je crois que la réalité autistique est un peu plus complexe quand même. Tout comme votre définition de « sentiments amoureux » n'est probablement pas vraiment la mienne.
- Quand même.
- Ah bon. Bah. Ouais ouais.
[NT-bitch!]



samedi 8 décembre 2012

Conglomérat (h)eurythmique.


[pour Chrome je conseille vivement ceci pour virer les pubs casse-gonades sur YouTube : https://chrome.google.com/webstore/detail/youtube-options-for-googl/bdokagampppgbnjfdlkfpphniapiiifn]


Il y a cette question à laquelle je n'ai pas répondu à Jo durant notre week-end belge : « qu'est-ce qu'est la musique dans ta vie ? ».
J'ai adoré que la question soit posée, je ne réponds pas lorsque c'est immense. 

Cet immense. La musique.

Une des plus belles discussions de ma vie a été une nuit avec le Saxophoniste, lui féru de musique, moi féru de silence. Il parle doucement, je parle aussi doucement, pourtant passionnés, jusqu'à réaliser que nous parlons en fait de la même chose :
> musique et silence créent un espace à nos existences, probablement l'espace qui nous est le plus intime,
> et surtout que musique et silence constituent une superbe interdépendance, que l'un permet sans cesse l'autre.
Je crois que c'est lui qui le dira, les yeux brillants, « c'est dingue tu parles du silence comme tu parlerais de musique », je lui réponds que le silence est une musique autant que la musique est pour moi un profond silence. Nous partageons une même vitalité. (J'ai envie de lui dire que je le trouve merveilleux, mais il me dira cette nuit-là qu'il part le lendemain plusieurs mois en Australie ou je ne sais plus.)

Vitalité.
N'ai plus aucun doute que la musique m'est vitale.
Même si je peux ne pas en écouter pendant une dizaine de jours, ce qui n'est pas paradoxal car elle est comme du perpétuel en moi, j'y pense, elle m'anime, j'y reviens forcément.
Mon plus vif souvenir est un jour où je dois avoir 9-10 ans, hospit' en service de réanimation = l'enfer de l'enfer, à demi vivant à demi mort, rendu muet par la sonde trachéale et surtout considéré par le personnel glacial comme un être machinique à stabiliser. Expérience extrême vécue une dizaine de fois, le pire du pire dans ma mémoire (avec la violence familiale, l'autre 50 % de l'enfance), si ce n'est ce qu'elle sous-tend : l'urgence à se chercher vivant, notamment dans les luminosités de la chambre, les ombres, les formes des objets et leurs histoires qu'on se raconte pour tenir les heures, les sons (je pressens parfois que mon amour de la musique électro est né des bip-bip/soufflets de cardios/respirateurs de l'époque), et sa peau, sa propre peau dont il faut surpasser la charcuterie pour ne pas lâcher la perception de ses vibrations. La plus belle puissance de vie se produira un matin où j'entends depuis mon lit froid une musique que j'aimais à l'époque, qui semblait provenir d'un poste radio - en réa ?! - mais dont une vingtaine d'années après je me demande toujours si je l'ai rêvée... Quoi qu'il en soit ce fut fulgurant, comme si tout mon être s'est activé en mode ultravie. Ressenti ce truc fou : une immense entrée de lumière dans mon esprit, maximum douce. Presque holistique, il n'y avait plus rien sauf cette musique, ou plutôt il y avait tout par cette musique. J'ai pleuré. De beauté, de soulagement.

En 33 ans il y a eu des phases musicales.
Je réalise seulement dernièrement qu'elles ne sont pas déstructurées mais qu'elles font rhizome.

~ Jusqu'à l'adolescence j'écoute absolument chaque jour 1 à 3h de musique, au walk-man (merveille), allongé en regardant le plafond. C'était sans aucun doute le meilleur moment de ma journée, que je souhaitais à chaque fois infini. Notamment le seul moment d'échappée de la violence de ma mère, musique<>exil.
Aussi, étrange : je me rappelle très bien planer de sensations musicales par des apports endorphiniques du même ordre qu'érotiques.


~ Adolescence : frénésie musicale, orientations. Sortie de la musique populaire-maxi-commerciale de ma famille réalisant surexcité que je peux choisir d'autres musiques, le choix gigantesque qui s'ouvre me survolte d'excitation. Je crois que je demande à 12 ans à Noël ma première K7, R.E.M., et une chaîne hi-fi de qualité sonore. J'avale un maximum de musique, budget et temps. 
Pour autant je la partage peu avec d'autres personnes, je n'en ressens pas le besoin, c'est un univers suffisamment vaste et réconfortant en moi. Je commence à comprendre/architecturer des émotions, des situations, bien plus par la musique que par moi-même. Elle devient nettement plus cognitive à ma façon de capter-vivre.

~ Internet, big up, la musique ne s'arrête plus, de son information à ses découvertes. Puis j'emménage vers Paris, je crois qu'à cette période la moitié de mon cerveau est pour les affaires humaines et l'autre moitié est musicale. Je commence à découvrir l'électro minimaliste allemande et des bonnes sueurs avec DJ Sextoy & tout cet univers que je côtoie plus ou moins.

~ Amours en échos, partenaires, je commence tout juste à ouvrir la musique à d'autres, je n'y parviens que si j'aime profondément ces autres. Ça devient du geste ému.
Céc sera la meilleure caverne aux trésors : il a 10 ans de plus que moi, il est fou de musiques (et de bouquins), il me fait découvrir des tonnes de tendances. J'alterne entre sa super collection du label Studio !K7 et ma plongée fanatique d'Amon Tobin et autres électro/clash/etc que que j'injecte à toute une structure de travail intellectuel et artistique. La musique m'est neuronale. Je commence à réduire beaucoup de musiques « avec paroles », un besoin minutieux de ne se concentrer que sur un agencement sonore. (Il y a quelques irrésistibles chantés, 30%.)
On voyage énormément en bagnole avec Céc, s'enchaînant des heures de compilations
mini-disc sur la route. La musique cinétique = jusqu'à aujourd'hui une des meilleures extases.

~ Puis d'autres partenaires, à chaque fois de précieux partages musicaux ; Sebastian me dit dernièrement que nous sommes un conglomérat des goûts de chaque individu-e aimé-e, yep. Des découvertes échangées bien plus fidèlement que des jetaime. Plus mes insatiables recherches de multiplicité musicale qui alternent étrangement avec des périodes où j'écoute pendant des semaines le seul et unique même morceau.
Nektor gère un label/distro, une autre passionnée. Ma limite sera son amour du punk dont elle rentre de concerts avec des bleus, mais ses bleus diffusent à mon épiderme rose&gris d'autres musiques succulentes, entre autres Radikal Satan qui me ramènera peu à peu vers de l'acoustique+voix.
À l'époque j'habite entre le frangin qui ne vit que dans sa chambre pour sa musique de boîte à rythmes & séquenceurs, notre pote Fuzzkhan, et mon grand[-avorté] projet de vouloir vivre de VJing. Je dois aussi un florilège musical à de géniaux énergumènes lillois-e-s qui m'entraînent vers des myriades pop-punk-électro-psyché-lofi (merci merci merci). Je mixouille à des soirées, cette période musicale est toujours émocérébronirique mais aussi bien plus ludique, mondaine.


~ Et puis vient ce moment où la petite dizaine d'années de vie ludique se révèle un vertige statique, overdose de socialité azimute. Besoin de silence plein, d'énormément de silence. Je suis en couple avec la Violoniste, cette fille est un bonheur de calme sonore, pour autant lorsque je passe devant sa chambre je la vois fréquemment travailler ou rêvasser avec des écouteurs aux oreilles, là où moi je n'écoute quasiment plus de musique.
Nous sommes deux mondes musicaux a priori différents, elle aime le classique, la chanson française sépia et le rock américain 60-70's, j'aime CocoRosie, Autechre, The Knife, et moults autres qui rencontrent rarement sa limite des années 70. Et pourtant... une nuit elle me fera découvrir une passacaille au violon de Biber, ce sera la claque géante et ma petite porte vers l'univers classique.


~ Le désert : je ferme de nombreuses portes humaines, je passe par la fenêtre en la fermant sur le passé, direction le désert où je décide de marcher pour m'apprendre. Il y aura de nombreux silences, d'astronomie, d'ornithologie, de livres, d'océan. Tellement besoin de comprendre le pharaonique bordel de mes émotions passées que je choisis de limiter au maximum les sensations musicales trop fulgurantes. Je ne m'autorise quasiment que la musique classique : parce qu'elle me nécessite aux débuts de la patience et de l'attention (calme), je n'y connais rien et j'ai plus que jamais besoin de découvrir quelque chose à partir de zéro.
Cette musique devient sublime, encyclopédique. Je vénère les téléchargements web, j'apprends j'apprends j'apprends. Beaucoup de gens se trompent en pensant que ce serait de la musique « intellectuelle » (et je déteste sa bourgeoisie qui y est véhiculée voire organisée), c'est bien plus une musique qui demande une pleine ouverture de soi, sans attente, que de l'accueil. Et je me suis accueilli avec cette musique, regrettant fortement de ne pas avoir été amené à la connaître auparavant, si ce n'est qu'il fallait probablement que ça converge uniquement à ce moment de ma vie. Quelque part pour moi une musique très solitaire, autrement intime. Et j'ai conscience d'en avoir découvert à peine 10 %.


~ Il y a environ un an j'ai senti que je souhaitais terminer mon voyage à la Richard Long. Que j'avais acquis beaucoup de compréhensions et que j'étais prêt à bien mieux savoir gérer des émotions. (Suis ultrasensible ==> ai dû apprendre à finement quantifier mes émotions artistiques : je ne peux pas regarder n'importe quel film n'importe quand, idem livres, musique, peinture / sculpture, photo ; des fois je pourrais crever d'émotions 'trop' intenses, dans le désert j'ai appris à m'équilibrer, distendre les plaisirs sans me faire péter l'élastique mental. Être un bon slip. :))
C'était hier, c'est maintenant. 

Ça ne fait que commencer.
J'ai cette impression de pouvoir tisser une super toile d'araignée musicale, réunir les différentes périodes/étapes jusqu'à un infini de grand large. Et j'ai envie, terriblement joyeusement envie. 

Comme si la musique n'implose plus les émotions mais les explose, les distille en quelque chose que je ne saisis pas encore mais qui semble une meilleure eurythmie.


~~~


Au Sonic City je me suis demandé si je retournais dans le désert, tant je me sentais bien-calme, tant je me suis enfilé concert après concert sans vouloir que cela s'arrête (si ce n'est l'absurde choix déséquilibré du boulot de l'ingé son, parfois irrespirable). La semaine d'avant même impression durant le concert de Dan Tepfer.
Je l'évoque à la CoPilot, elle big-smile, moi air interrogateur. Elle dit « vous étiez autiste durant ces concerts », je rétorque mi-bête mi-las « je suis toujours autiste... », elle fait mouche : « oui sauf qu'à ce moment là vous êtes parvenu à être heureux dans votre autisme, sans angoisses ni crise ; vous savez enfin équilibrer l'autisme pour pouvoir le vivre, c'est-à-dire dans la réalité (une foule anxiogène) autant que dans votre bulle (votre intensité de la musique), nettement moins tiraillé ».
... Yep.

Elle me demande d'augmenter une « sorte d'écholalie », de répéter l'écoute de chaque titre musical me faisant du bien, de volontairement m'immerger dedans. Je m'esclaffe nerveusement que pour le coup c'est ce qui me paraît dangereusement autistique, ce que j'essaie de limiter malgré ma puissante tendance à cela. Elle dégaine :
- je sais. Mais vous m'avez dit que c'est la musique et les arts qui vous tiennent ces derniers mois ?
- Oui... ?
- Vous êtes en train de faire quelque chose de votre tristesse.

- Euhh, oui, être triste.
- Pas que. Vous êtes un chercheur fou.

- ?!
- C'est au fond de cette tristesse que vous cherchez à dégager les plus importants plaisirs. Vous avez mal mais vous ne vous faites pas du mal, plutôt le contraire. La tristesse ne vous a pas arrêté, parce qu'il est impossible de vous arrêter à chercher le beau, même si vous ne le réalisez pas ces derniers temps. Juste : n'arrêtez pas.





BEAK, préférés du moment,
avec confirmation positive+++ en live
(et admiration des cheveux soyeux du type aux claviers :)).



vendredi 7 décembre 2012

Slight.


moi : Vous pourriez enlever les épaulettes de cette veste ?
ma couturière : Cette veste ? Mais elle est très belle cette veste !
moi : Hmm hmm, oui, je crois. 
ma couturière : Pourquoi voulez-vous enlever ses épaulettes ? 
moi : Je n'aime pas les épaulettes sur moi. 
ma couturière : Mais c'est très beau les épaulettes dans la vie. 
moi : Je n'ai pas d'épaules pour les épaulettes. Je n'ai pas vraiment d'épaules pour la... dans la vie. Vous pouvez les enlever, alors ? 
ma couturière : Ah oui, facilement. Mais elles sont déjà toutes petites ces épaulettes ! 
moi : Je suis minuscule. 
ma couturière : Donc ça va faire tout raplapla ici... 
moi : Oui oui, j'aime bien raplapla, ça ne triche pas. 
ma couturière : Bon. Elle est belle votre veste. 
moi : Merci. Vous verrez elle n'a pas besoin d'épaulettes pour rester belle.

jeudi 6 décembre 2012

Désert 2.0.




ce dimanche, au Sonic City
> Sir Richard Bishop
... la bonne claque.


(La nuit j'écoute le sable.)