lundi 29 octobre 2012

Poitiers-NewYork


Dans le train aller, moi à Buddy :
- mon mais Poitiers, sérieux, n'importe quoi...
- Ahah je me disais la même chose... qu'est-ce qu'on fout.
- J'ai envie de New York. Je vais claquer tout le fric qui reste et je vais y aller, tsé.
- T'es sérieux ?!
- Hmm hmm.
- Je viens avec toi !
- Bah oui.

Ce que je n'arrive pas à lui dire c'est que j'ai aussi envie de l'Islande, du Canada, de retourner aux Pays-Bas, des îles (Faro, Sardaigne, plein d'autres) ; mais que je me sens putain de vieux physiquement, je ne me sens plus capable de voyager.











 












































 
Poitiers est passablement moche lorsque je n'y vais pas pour travailler.
Encore un hôtel, et encore cette sensation de tranquillité rare en étant seul dans la chambre inconnue.
Le vernis de Buddy c'est du cadeau. Cette fille aussi.
Parler de John Cage avec sa pote sera mon meilleur seul moment social.
Lire "20 000 lieues sous les mers" pendant que tout le monde discute sera mon meilleur moment asocial.







mardi 23 octobre 2012

samedi 20 octobre 2012

Ta gueule Denise.

Paris 13.
Depuis la fenêtre je vois le haut des arbres du parc et le ciel. On n'est pas habitué à se figurer des pigeons atterrir à la cime des arbres, et pourtant.


Il pleut, évidemment. 
J'entends chaque goutte, évidemment.

Le stress passe au travers de la chimie des cachetons, et je déteste me retrouver. J'entends tous les avis possibles sur les médocs neuro/anxio/truc, je m'en fous. Je m'en tape profond.
Hier pendant la faille chimique mon cerveau se remet en mode photo surexcité, l'architecture est géniale, sauf que ma tronche redevient survoltée à calculer toute l'archi, dés/aligner les axes, être en sueur de 'plaisir' à zoomer des façades, étudier à toute allure teintes, grains, matériaux, scanner la géométrie du ciel qui s'y adjoint, l'envie de secouer mes doigts... Je dois rejoindre C. au resto, je ne suis pas spécialement en avance et pourtant ça recommence, je ne peux plus calmer mes attirances visuelles, je ne parviens plus à ralentir mon poul d'être stupidement excité, je stoppe mes pas en étant brusquement happé par un de ces putain de détails insignifiants, puis un autre, un autre, un autre. 
Je le réalise, conscient et triste.
Je m'interdis de sortir l'appareil photo. Je pense aux techniques de Mathieu, suis juste tellement crevé de l'auto-contrôle. Je me force à ne regarder que le sol durant la fin du parcours... Les lumières urbaines dans les flaques sont démentes. Ta gueule.


Quelqu'une m'a ému cette semaine, cherchant - ou ressentant ? - à comprendre comment je perçois le monde, « est-ce que ça ressemble au bouquet final d’un feu d'artifice, tu sais quand on est juste en dessous et qu'on en prend plein les yeux et que ça nous dépasse ? », yep, et puis aussi après on voit les fumées des artifices, discrètes mais aussi saisissantes, hypnotiques. Inutiles.


jeudi 18 octobre 2012

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Être une boîte de conserve.
Des cachetons jetés dans la boîte et les émotions s'oxydent.
Dis au psyk hier « je ne ressens plus rien », il me demande « et alors c'est comment ? », réponse « je ne sais pas puisque je vous dis que je ne ressens rien ». Il dit : la molécule agit.

C'est la première fois de ma vie que mon cerveau parvient majoritairement à se taire.
Et aussi mon regard, mon sang, mon ventre, ma sueur, mes sensations cardiaques, mon sourire, mon sexe. Testé : ne ressens pas la musique, n'arrive pas à me concentrer aux films.
Seule ouverture excessive : l'ouïe, les sons du gars dans une salle d'attente qui tourne les pages du journal ou Buddy qui ouvre son paquet de tabac me fracassent.

Je crois que je n'aime pas ce nouveau psychiatre (je ne sais pas). Version papa, la plupart de ses phrases sont constituées de « il faut que vous » simplistes ou platement spirituels. Je lui demande au bout d'un moment s'il n'a pas conscience que j'ai réfléchi et essayé durant 3 décennies tous les « il faut » qu'il balance sans même me connaître, ça le rend un peu penaud.
Il me dit en pointant du doigt la tête « vous êtes un marathonien là-dedans, vous courez extrêmement vite depuis toujours, vraiment beaucoup plus vite que la plupart des personnes, vous avez parcouru tout seul des milliards de kilomètres ». J'ai une vague image - je n'ai quasiment plus d'associations visuelles - de moi courant infiniment sur une piste d'athlétisme, bêtement seul.

Je suis à Paris d'ici peu, du moins il y a mon sac d'ouvert sur mon lit à préparer et les billets de train. Je ne comprends franchement rien, absolument rien.
J'ai noté sur un papier les ami-e-s que j'avais prévu-e-s de voir, mais je me sens tellement loin de la moindre connexion humaine que je ne sais pas ce que je vais foutre. Je ne sais pas et je n'ai plus envie de savoir. Je ne ressens ni tristesse ni joie, ni équilibre ni déséquilibre ; j'ai conscience que « ce n'est pas moi » mais ça ne m'importe pas.

Hier soir j'ai eu une rare pensée spontanée : les gens ont toujours dit « Charles il est intense, trop intense », ça y est il semblerait que je ne le suis plus.




J'écris pour tenter des repères.

mardi 16 octobre 2012

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Chemical = no bridges anymore.
Passerelles ont sauté.

Loin. Ressens quasiment rien des alentours. 
La psyk a dit « on va essayer avec de la chimie déjà de tout remettre à plat, d'accord ? »

Me repose en fixant des objets, dois me concentrer comme jamais pour comprendre les gens, surtout les sentir présents. 
Cerveau parle beaucoup moins, écrire/photo n'est plus spontané.

Vois mes ami-e-s comme des petits bateaux, faisant des allers-retours entre les mondes. Essaye de sentir que je les aime. J'essaye. Sais plus.


dimanche 14 octobre 2012

Ma mère disait tout le temps « c'est bien fait pour toi ».

Cette expression ne voulant jamais dire que quelque chose est bien fait sur terre pour soi.
Ça veut dire l'inverse, « c'est bien que ça te soit/fasse mal ».

Il y a plein de choses dites/faites qui sont à l'envers. Il faut savoir vivre avec, moi je n'y arrive pas.
« Tu es quelqu'un de rare » et « tu me boulverses » signifient en réalité « tu es quelqu'un de dérisoire » et « je t'oublierai facilement (option : dégage) ».
Ainsi de suite.


 

« Tout va bien dans ma vie. »
Oui, moi aussi.









HP
les sièges de la salle d'attente viennent de l'aéroport de Corée
l'infirmier psyk ressemble au BF de Lafayette Reynolds
hydroxyzine, « en attendant du plus costaud, un vrai pansement »



mercredi 10 octobre 2012

Les trucs beaux. (À côté des autres.)


Simon Kenny, de l'apnée neuronale : http://www.saatchionline.com/profiles/portfolio/id/257544 .

Le regard heureux de Robin, 3 ans (et aimant se coiffer délicatement les cheveux bouclés au-dessus des oreilles), lorsqu'il demande à la pote chez qui je suis de mettre une robe à elle, qu'une fois la robe mise son père pas très à l'aise n'arrête pas soudainement/binairement de le féminiser, « mais oui tu es belle ma chérie », et lorsqu'il vient me voir moi de lui dire : « tu es aussi beau que belle, tu es tout ce que tu veux tu sais ».
 

Romka [merci les futées de Grante Egle] : http://romkamagazine.com/ .

Le prof qui dit : « wah tu as complètement fait cramer cette photo par la lumière », j'aime l'idée d'être cramé par la lumière et n'entends plus ce qu'il continue de dire.

Peut-être ceci samedi : http://www.fif-85.com/film/fif-20122012/4h44-dernier-jour-sur-terre.html .

Regarder les personnes seules à la pause de midi : une femme qui marche lentement le long d'un grand balcon en fumant une clope, une autre fille sur un autre balcon qui fume assise à une chaise, une fille appuyée contre l'embrasure de la grande porte sur rue de son taf.

"Road cut" de Joe Deal, regardé très longtemps : http://24.media.tumblr.com/tumblr_mboyg3tQ2t1qzt15co1_1280.jpg .

Ce passage de "20 000 lieues sous les mers" de Jules Verne, lorsque Aronnax va marcher sur le sol océanique : « J'observais que toutes ces productions du règne végétal ne tenaient au sol que par un empattement superficiel. Dépourvues de racines, indifférentes aux corps solides, sable, coquillage, test ou galet, qui les supporte, elles ne lui demandent qu'un point d'appui, non la vitalité. Ces plantes ne procèdent que d'elles-mêmes, et le principe de leur existence est dans cette eau qui les soutient, qui les nourrit. »


Un beau travail de remixes de titres de Philip Glass, dont le très beau "Warda's Whorehouse" repris par Amon Tobin qui me fascine toujours autant depuis 10 ans : http://youtu.be/a7AVYpbESR0 .
 

Angel Olsen (écoutes nocturnes) : « And like a ghost that hangs around and won't forgive it's earthly sins, I carry on this love for you. It's how my body lives. »

 

jeudi 4 octobre 2012

Bérénice.

Sa chevelure.

Sa toilette.
Son rêve.
























Il y a cette fille en terrasse d'un café.
J'aperçois 40 % de ses yeux, l'impression qu'ils sont superbes, j'en veux 100 %. Total lust.
Je fais ce truc xxx rarissime, en passant devant la terrasse je la regarde fixement avec cette incantation interne « montre tes yeux ».
Elle détache ses yeux du type avec qui elle parle, me regarde, je ne lâche pas, et elle ne lâche pas non plus. Ses yeux sont complètement déments de beauté.
Du 300 %.

Le meilleur travelling de la journée.

Il y a ce banquier qui me reçoit dans son bureau.
Il est évidemment nerveux face à moi.
Il s'excuse du bazar sur son bureau, il justifie dans un ricanement « c'est parce que je dois tout ranger cette semaine, je pars à la retraite la semaine d'après ». Je m'en fous, tais-toi. Son bureau est tellement sordide d'aseptisation préfabriquée, de no-life équipé, carrelage-faux-plafonds, que les quelques piles de feuilles sur la table semblent une sculpture salvatrice.
J'ai toujours détesté ce banquier. Je le regarde toujours en gros plan. Ses cravates et chemises Carrefour. Sa moustache de keuf qui s'étale dans un ensemble mal rasé pas chic. Sa coupe de cheveux facile dont j'observe toujours les épis en me disant que ce sont ceux d'un type affalé dans le canapé à mater de mauvais pornos après le taf.
Aujourd'hui il respire mal, plus mal que moi, c'est déroutant. On dirait qu'il suinte des bronchioles en inspirant, ça siffle sournoisement. Et puis il a un mal fou à marcher du côté droit, je suppute une sciatique (mauvais canapé) ou un rein défectueux (bière avec du KFC).
Il met un temps fou à taper à l'index les quelques données que je lui ai transmis pour un virement bancaire au Royaume-Uni. Ses ongles sont presque sales, ce qui fait me demander quand est-ce qu'il a décidé d'être banquier. Son bureau n'a pas de fenêtre, a-t-il déjà pensé à se pendre après le passage de la femme de ménage ?

*

En regardant les feuilles de arbres vibrer au vent je me suis dit que peut-être leur véritable utilité est de masser le vent. Nous pensons toujours que c'est le vent qui agit sur les feuilles, jamais l'inverse.
Avoir eu envie du Luxembourg avec les feuilles qui tombent.

*

Je ne fume semblerait-il « vraiment plus ». C'est aussi facile de reprendre que d'arrêter.
J'attends de guérir des poumons pour me remettre au sport. 

On s'en fout (tais-toi) mais ce sont des inscriptions performatives. Sortes d'épitaphes de survie.


lundi 1 octobre 2012

La force du tutu.

À croire que la fièvre et les états limites [ma reconnaissance vocale a compris : les États-Unis... ça me plaît] accélèrent de façon étrange-puissante la pensée, la réflexion, les agencements neuronaux internes.
Probablement une soupe insipide pour autrui. Je tente quand même d'écrire un peu à l'encre de soupe.

J'étais ce midi sous la masque du nébulisateur, dans les vapeurs de je ne sais quels produits supposés calmer les brûlures pulmonaires, et ma cervelle a questionné :

< qu'est-ce qui fait que les gens abandonnent leur force quand il y a des importances douces à réaliser ?
> qu'est-ce qui fait que les gens réquisitionnent de la force pour des compromis sordides ?

Je ne sais plus exactement, je crois que je réfléchissais en nuages à mon parcours de vie autant qu'à celui de plein de gens, d'avoir rompu des promesses de joies fondamentales envers soi-même et parallèlement d'avoir courbé l'estime à se rendre esclave à du minimal-joie.
Sucer le métro-boulot-dodo(-socionormopâté) et se laisser diarrher ses envies les plus vives, ceci parfois à longueur de vie. Se conformer à l'idéal publique et se réformer de son propre équilibre vital.
Évidemment une fois de plus ce que j'énonce peut paraître manichéen, j'ai connaissance que le programme 'life' est une perpétuelle transaction.

Je me suis rappelé soudainement d'une scène. Elle m'est revenue avec une teinte étonnamment réaliste.

C'était avec C., le partenaire (un amoureux, un ami, un amant... aucune définition puisque quelqu'un de superbe) avec qui j'ai été terriblement heureux +3 ans.
Je crois que j'ai 25 ans et lui 34. 

Cette scène doit être vers la 2ème année. 
Nous sortons à l'arrière d'un bâtiment sur une passerelle métallique prendre l'air de je ne sais quel événement collectif à Paris, c'est la nuit, il y a toutes les lumières de la ville, il y a cette passerelle offrant du répit, il y a lui et moi contre la rambarde.
C. me dit sans introduction : « j'en ai marre de ne pas être qui je sens être, je n'y arrive plus Charles... j'aimerais faire la mammec j'crois... ». Ladite mammec = mammectomie, une des interventions corporelles possibles dans un parcours transidentitaire, de garçon - ou autres - transgenre.
Je lui dis :
- d'accord. Tu veux vivre cela seul ou tu veux que je sois là ?
- Je n'y arriverai pas.
- Ah tiens. :) Je crois que si. Qu'est-ce qui t'en empêche ?
- Tu sais bien, l'entourage, ma famille, le boulot... Il n'y a qu'avec toi que je peux le vivre.
- Nope, il n'y a qu'avec toi que tu peux le vivre, que tu le fais vivre. Ce que je veux dire : si tu arrives à rendre vivant qui tu es profondément avec moi c'est que tu es déjà vivant de cela, c'est toi qui diffuses la force de qui tu es, je n'y suis pour rien.
- ...
- Tu en as envie ? Uniquement cette question.
- Vraiment.
- Alors ne te concentre que sur ce qui est fondamentalement simple : vis le. Fais le. Je veux bien te dire tous les jours que c'est possible, autant que je peux me taire tous les jours si tu veux. :)
- [sourit] Tu me fait déjà réaliser tous les jours ce qui est possible.
- Pas parce que moi mais parce que ça l'est, possible, C. La force qu'il y a en toi je t'assure qu'elle est un maximum à côté de tout ce que tu crains. Tu te décides quand tu veux, dans 6 mois ou dans 10 ans, mais cette force elle sera toujours là prête pour toi.
Il me regarde avec des feux d'artifice de force dans les yeux, démentiellement beau. Et me prend dans ses bras pour dire à l'oreille qu'il m'aime. Je rigole en lui disant « ça veux dire que demain je cherche les coordonnées d'un chirurgien, c'est ça ? »

Quelques mois plus tard la mammectomie sera effectuée. 

Il y aura eu au final à peine de doutes, aucune difficulté majeure, beaucoup de joie, autant de dialogues que nécessaire, un sacré paquet de rires, de la douceur érotique autour de cicatrices, et un gars super heureux et regonflé à juste titre d'une belle estime de lui-même.

Il y en a des milliards d'histoires comme cela sur Terre.
Autant qu'il y en a des milliards qui ne se vivent pas, les envies dans un sac plastique Lidl et la joie en asphyxie mondaine.
Je ne considère pas la volonté de son propre équilibre comme devant être anarchique, envers et contre tout le monde, mais je suis persuadé que l'activation des forces intimes permettrait que les gens dansent entre eux un bien meilleur équilibre. L'anarchie serait un ballet modern-jazz, et j'aurais une belle plume dans le cul.