dimanche 28 novembre 2010

« Chut » ne devrait pas se dire.

Travail de relecture et d'annotations à la publication d'une amie cette semaine passée. Un article d'analyse sur la notion de pouvoir/s, où un passage en particulier me questionne à propos d'une idée que je croise souvent : « la parole est une question sociale de l'empreinte de soi au monde ».

Je ne me sens jamais à l'aise avec le principe par lequel « il faut libérer la parole », idée en vogue dès qu'il est question de rapport/s de domination/s, de subordination/s. Car il me semble que ce n'est jamais tant la parole qui a besoin d'être libérée, mais le silence.

Il me semble qu'un-e individu-e n'est pas empêché-e de parole parce que cette parole est bloquée, mais bien souvent parce que celleux qui parlent à sa place, qui parlent trop fort, ne permettent aucun silence.
Pouvoir posément se taire me parait la plus haute des individualités, la plus forte des présences au monde. Une empreinte silencieuse, oui.
Être considéré-e sans devoir continuellement dire en parlant, justifier en attestant, argumenter en épiloguant, raconter en séduisant... où il est alors rare d'être écouté-e, entendu-e, compris-e.

Il est souvent question de droit la parole. Je questionne le droit au silence.

Si je me représente un canal de communication classique : il transporte continuellement un message et de ce fait ne comprend aucun « message silencieux ». Il est possible d'apposer un silence entre deux segments de communication, mais celui-ci n'est bien souvent considéré que comme un lien entre deux étapes communicatives, le silence est alors toujours un « entre-deux » ou bien une incomplétude (s'il se situe en fin de canal).
Même la boîte noire, bloc d'enregistrement placé à un endroit du canal de communication, sans pour autant être bavarde avec le message en circulation, n'est pas non plus un sas silencieux puisque son rôle est bien plus de collecter des messages depuis un silence jugé chaotique, dysfonctionnel.

Pourtant le silence n'est-il pas le premier canal de transmission ?
Tout existe par le silence.
La musique ne serait plus elle-même si le silence ne l'accueillait pas en permanence. De même, la parole étoufferait. Les gestes sont aussi silencieux.


Les plus grandes sensations et les plus grandes émotions sont bien souvent silencieuses. Ni une larme ni un sourire n'émettent une parole propre, pourtant ce sont de véritables libérations. Tomber ému-e autant que mourir font beaucoup parler d'eux mais n'ont pas besoin de parler d'eux-mêmes, car tout y est dit depuis leur silence.
Le silence : une profonde respiration. Mais je constate souvent le monde autour de moi haleter.

Gamin j'ai particulièrement vite appris le mécanisme de la parole, le maniement de la communication avec son vocabulaire, sa syntaxe, son tempo, ses intonations. J'ai acquis ainsi très jeune la considération de beaucoup d'adultes, décrit comme particulièrement précoce dans le langage. Pour autant je sais que mes plus belles paroles appartenaient à mes plus grands silences, et seuls ces silences me libéraient.

Je ne dis pas que le bruit n'est digne d'aucune estime, bien au contraire, le bruit me paraît être le meilleur joueur du silence. (« Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le. » dit John Cage.) C'est notamment la notion du bruit/noise qui me fascine le plus en cybernétique & théorie de l'information, car il défie malicieusement la communication efficace, la parole normale [et c'est la rédaction universitaire que je voulais mener, évidemment avortée...].
Ce qui me fait peur c'est de vouloir taire le silence. Sous prétexte de libération, sous prétexte de communication. Il me semble qu'à trop parler, il n'est plus rien dit... Là où le silence dit tant. (Dit temps.)

mercredi 17 novembre 2010

Deux frères, un perroquet-volant, une île.




Une prise de contact.




Un imbroglio.




Un espoir millimétré.




Une tentative intermédiaire sur piste aérienne.





Quelques fatales rafales.




Quelques valeureux sauvetages.




Consécration.