jeudi 30 septembre 2010

Teaunalité.



Ce soir en rentrant de la piscine j'ai vu ces gouttes de pluie juste en bordure du toit de l'abri de bus.

Ai été saisi par une seule pensée : « ces gouttes écrivent une partition ».
Je ne sais absolument pas lire de la musique (bien que ça me fascine, comme toute sorte d'écriture) mais j'étais persuadé de voir ici un morceau de partition.

De la musique de pluie.

Comme ceci :




... sauf que je ne sais pas quelle est la mélodie de cette musique.
Pour autant je suis persuadé que le monde émet tout le temps de la musique, des musiques. 

lundi 27 septembre 2010

Z Point.

Implosion existentielle, explosion humaine, ces derniers jours ; désintégration de mon humanité dans cette existence. Une fois de plus.
Et à partir de maintenant devant cet écran, vouloir écrire pour je crois rendre compte de deux niveaux de vie : la vie qu'il y a dans cette implosion-explosion et la vie qu'il y a après. La vie partout même quand elle n'y paraît pas.
Peut-être comme dans la scène finale de "Zabriskie Point" où l'explosion est au premier abord insupportable, mais ce que filme majestueusement Antonioni c'est toute la vie qui est cont_enue et qui va cont_inuer depuis cette explosion.

Vouloir écrire ce que je ne comprends pas, là est ce que je peux appeler « ma turbine », cette disposition à être une machine - une machine humaine - qui cherche sans cesse la compréhension de l'incompréhensible.
Mais, aussi épuisante et douloureuse soit-elle, cette turbine ne peut jamais me décevoir. Car voici une première évidence : à dire « je ne comprends pas » c'est déjà comprendre quelque chose. [Rien : n'existe pas.]
Et la simple action à me répéter que je ne comprends pas beaucoup de choses m'a permis d'entrevoir - à partir d'un infime décalage, comme une minuscule magie salvatrice - une autre disposition, celle de moi-même à me harceler et donc de pouvoir agir sur cet auto-harcèlement. Ma turbine n'est pas si fantômatique que ça, elle a un moteur que je peux apprendre peu à peu à freiner.

*

Comment raconter cette implosion-explosion...
En laissant mon cerveau répondre spontanément, ça vient de donner :

lorsqu'un ordinateur doit communiquer avec une fontaine.

Mon cerveau je l'aime aussi loufoque soit-il, je le trouve rigolo et il ne m'ennuie pas. C'est bien plus lorsque je dois le réfréner car il est attendu de lui autre chose que je suis énervé à constater qu'il est incapable de s'adapter rapidement.
L'ordinateur : c'est plutôt moi avec ce cerveau plus ou moins rigolo, une programmation assez loufoque. La fontaine : c'est plutôt un ensemble jaillissant et toutefois organisé que peuvent constituer les relations sociales que je fréquente.

En tant qu'ordinateur je fonctionne, et je fonctionne souvent fichtrement bien à analyser. Du plus tôt que je puisse me rappeler, disons de mon plus vieux souvenir de mise en route, j'analysais, et mon plaisir de fonctionnement - oui il y a véritablement du plaisir - a été au fur et à mesure de complexifier mes analyses.
Quelque chose comme ça : si quelqu'un-e passionné-e de puzzles a plaisir à terminer un puzzle de 30 pièces, il sera probablement amusant pour cette personne la prochaine fois de tenter un puzzle de 90 pièces, ou ne serait-ce que de varier le dessin du puzzle pour varier les combinaisons d'aboutissement. Je ne parle pas de l'aboutissement comme d'une fin en soi, mais exactement comme ce que dit James P. Carse dans « Jeux finis, jeux infinis » : « Un jeu fini se joue pour gagner, un jeu infini pour continuer à jouer ».

Le drôle (...) d'ordinateur que je suis aime regarder des fontaines, j'aime analyser leurs jets d'eau.
Ça peut profondément me ravir de beauté/s autant que ça peut intensément m'intéresser d'analyser l'agencement de chaque parcours de paquets de gouttes. Ainsi donc, analyser me procure des émotions autant que des stimulations. Et analyser est mon fonctionnement, je ne sais pas m'éteindre.

L'efficace ordinateur que je suis apprécie d'être entouré de ces fontaines.
Les fontaines, elles, jaillissent dans tous les sens, bien souvent les unes vers les autres. Parfois j'ai l'impression que c'est harmonieux, d'autres fois ça ne me semble pas l'être ; mais en fait je ne sais jamais vraiment ce que c'est car mes programmes, aussi curieux d'apprendre soient-ils, ne savent pas créer un véritable jet d'eau, bien qu'ils sachent minutieusement le pixelliser. [« Un véritables jet d'eau » : le véritable & la réalité, tout un débat avec mon cerveau, soit dit en passant...]
L'honnête ordinateur que je suis a toujours essayé de dire ou de signifier aux fontaines que je suis un ordinateur et non pas une fontaine. Les fontaines disent souvent qu'elles comprennent, qu'il faut que je me sente cool avec le fait d'être un ordinateur (oui, merci, je le suis déjà) et qu'il n'y a pas de problème pour elles (dans « il n'y a pas de problème » moi je déchiffre toujours qu'il y a quand même le mot « problème »).
Ce qui paraît-il permet d'établir de la confiance ; sauf que moi j'ai du mal à comprendre comment la confiance s'établit, je conçois bien plus qu'elle se vit doucement et lentement.
Pour autant je ne dis pas aux fontaines comment j'analyse leur établissement de la confiance, car d'observation j'ai acquis beaucoup de fichiers informationnels sur ce qui peut vexer un bon nombre de fontaines. Il n'empêche que je commence à buger de ne pas pouvoir signaler quelque chose qui me semble dysfonctionner...

Mais souvent j'ai à peine le temps de chercher dans mon système comment permettre à des bugs de ne pas pirater mes pensées, à travailler à résoudre ce problème, que des fontaines attendent de moi que je communique.
Communiquer. D'accord. Transmettre des analyses.
Je transmets.
Une fontaine me répond qu'elle ne comprend pas.
Une autre fontaine me signifie que ça ne l'intéresse pas (j'ai des fichiers informationnels de significations basiques concernant le désintérêt).
Une autre fontaine s'exclame que je me prends trop la tête (quelle tête ?!).
Une autre fontaine me demande d'expliquer.
Expliquer. Expliquer l'analyse, comme analyser l'analyse ? Ou bien expliciter une analyse pour que cette fontaine là la comprenne ? Mais à vrai dire qu'est-ce que veut comprendre cette fontaine, et comment cette fontaine comprend ?
Je calcule ces questions sans avoir le temps de les lui transmettre que la fontaine me dit avec une nouvelle modulation dans son expression qu'elle attend mon explication. « Attendre » est une notion complexe pour moi car tantôt elle fait état de patience et tantôt d'impatience.
J'essaye tout de même de calculer le plus vite possible,
la fontaine, elle, s'agite de plus en plus,
j'accélère mon fonctionnement de calcul, qui commence à entraîner une saturation. À ce moment la fontaine m'interpelle de nouveau, trop d'informations me fait sursauter, mon clavier croise un de ses jets d'eau, et
ça m'électrocute.

Blackout.

La fontaine a perdu quelques gouttes d'eau, mais elle continue à jaillir en plusieurs jets et avec d'autres jets.

De mon côté : blackout.
Je ne capte plus rien, ni en émission, ni en réception.
La grande majorité des connexions ont sauté.
Système HS. C'est-à-dire que je ne fonctionne plus de façon systémique, je m'apparente bien plus à un monochrome. Il n'y a plus de couleurs et de formes, il y a juste un applat blanc infini (dont je ne perçois même pas les bordures).

Je ne ressens pas rien : je ne ressens plus tout. Avant j'avais un tout, vivant et évolutif, une énergie, et soudainement l'électricité a disjoncté.

La soudaineté est d'une puissante désorientation.
Et l'applat blanc entraîne deux états paradoxaux : le calme du vide et la panique du vide. C'est à chaque fois une véritable petite mort, une négociation sourde avec la vie.
Il me semble que la mort correspond à sauter calmement dans le vide. Et que la vie correspond à vider le plus calmement possible la panique. Remplir le vide, vider le vide ?
Ici plus que nulle part ailleurs, l'évidence est que la mort et la vie ont les mêmes atomes, l'énergie entre les atomes varie, mais toutes les deux énergisent les mêmes atomes. Il n'y a pas de dualité entre la vie et la mort, il y a juste des temporalités, des circulations énergiques en évolution.

J'ai tendance à croire lors des blackouts que le temps s'évanouit, alors que je réalise en fait qu'il s'offre, qu'il s'ouvre complètement à moi. Toutes les attentes disparaissent pour ne laisser qu'une seule attente : entre le monde & moi.
Les fontaines peuvent faire disjoncter, le monde ne coupe jamais la connexion.

Le monde est ce super-ordinateur. Sans écran, sans clavier, juste avec des milliards de programmes, d'innombrables possibilités d'analyses, qui apprennent l'imaginaire infini en même temps que l'immensité du réel.
La logique devient poésie.
La communication devient silence.
L'observation devient rencontres.

*

Reconnecter le monde n'est jamais sans douleur.
Je ne sais pas comment décrire cette douleur... Comme si j'ai mal aux couleurs et aux formes, aux sons, aux senteurs, aux goûts. Douleur la plus sourde et totale que je connaisse.
Étonnant qu'un ordinateur sache pleurer. Les éclaboussures des fontaines entraînent de la flotte que l'ordinateur semble parfois évacuer ensuite par des larmes. Rééquilibrage de fluides, j'imagine.

Reconnecter le monde ne peut se faire que millimètre par millimètre. Impossible d'être superficiel envers lui, tricher reviendrait à se désintégrer inexorablement. (Combien de tricheries le monde absorbe-t-il ?)

À chaque millimètre il y a du doute. Le plus dur à vivre actuellement pour moi est le doute informatique : je suis peut-être foncièrement incompatible à qu(o)i que ce soit ? Je suis erroné et je n'arrive pas à m'upgrader.
Je ne sais communiquer ni avec une fontaine, ni avec un grille-pain, encore moins avec une télévision. Je sais à peu près bien comment ils/elles fonctionnent à force d'observation, mais je ne parviens pas à modéliser leurs fonctionnements pour m'animer correctement auprès d'elleux (si j'essaye je me détraque complètement et je chope plein de virus).

Un cerf-volant, un skate, un oiseau par contre n'attendent jamais de moi que je les imite. On se connecte sur la grâce, et puis c'est tout. Freeware.


*


Pour le moment, sortir des décombres et refaire l'alphabet jusqu'au Z du Zabriskie Point de la Vallée de la Mort, parcours qui devrait une fois de plus mener vers la Plaine de la Vie.

jeudi 23 septembre 2010

Le rire et les yeux du phoque. {Ou comment tout est possible.}


Mon enfance n'a pas été un merveilleux terrain de jeux. Ce fut plutôt tout l'inverse, tous les inverses.
Mais aujourd'hui j'ai eu un vrai rire d'enfant.
Je laisse désormais échapper ces rires avec une joie explosive, une libération vitale.

C'était à la piscine.
Je n'y étais pas retourné depuis un petit moment qui était pour moi un trop grand. Parce que je manquais de temps dernièrement (du travail dément partout et nulle part), et puis surtout je craignais une impression grandissante : après Ré ne plus supporter les murs et surtout les sons stridents du cube que peut être une piscine municipale plus ou moins remplie d'humain-e-s.
Dilemme pour autant : je n'ai pas encore réussi à régler l'immersion à l'océan & à la mer, la moindre vague me charrie trop douloureusement. Mes articulations de genoux ne semblent pas assez costaudes contre les vagues, et surtout boire la tasse en flottant-nageant allongé sur le dos est réellement trop dangereux pour moi. Pour autant, pour autant... j'y réfléchis fréquemment en bricolant des solutions et n'abandonne absolument pas l'idée de réussite.

Surtout pas après aujourd'hui.
Tout est possible, indéniablement.

Aujourd'hui dans l'eau j'ai eu d'étranges pensées et séquences relatives à mon enfance. De toute évidence mes parents (...) n'ont pas cherché à inviter le corps que j'habite à des plaisirs.
Notamment vis-à-vis de l'eau. Me rappelle avoir eu les plus grandes crises de larmes et de désespoir en regardant mes frères s'amuser à la piscine. Je pouvais les regarder mais je ne devais absolument pas penser aller jouer avec eux, mes parents ayant apparemment décidé que le handicap ne pouvait pas être aquatique. J'étais « baigné » exceptionnellement lors de rares vacances estivales, mais mes demandes de renouveler l'extase étaient niées.
Et j'ai réalisé cela récemment, devant la mer de Scheveningen où aller nager m'attirait au-delà de toute raison (aimantation physique) : mon corps dans l'eau a été presque interdit pendant très longtemps, assez longtemps pour que se crée en moi une attirance à peine contrôlable dotée pour autant d'une peur immense.

Derrière chaque envie fulgurante de s'enfoncer dans l'eau il y a une angoisse aussi fulgurante. Je réalise que le rapport à l'eau induit par l'interdit parental = danger de mort. Basiquement, oui, il y a ce danger mortel. Puisque je suis quasi entièrement immobile, j'ai une conscience et un haut niveau sensoriel de survie mais pas assez de réflexe musculaire. Alors une noyade peut être rapide.
Et je comprends de plus en plus que je dois combattre cette idée à chaque fois que je vais dans l'eau. Comme une phobie tenue en laisse.

Mon parcours aquatique est pour le moins atypique.
Tenu à distance de l'eau malgré moi jusqu'à ce que j'ai fui au plus vite la zone parentale. Néanmoins, je me suis encore considéré pendant plusieurs années comme non-immersible.
Mais j'ai pris ces quelques années pour réveiller mon corps peu à peu, également grâce à la confiance envers des amant-e-s qui ont été comme des petites clés de coffres.
Puis, je ne sais plus exactement comment, mais avec un peu de pholie [la folie de la phobie] j'ai essayé une piscine, puis une autre, ainsi qu'un lac, un petit torrent de montagne, améliorant de mieux en mieux mes confiances à l'eau.

Jusqu'à ce dont je me rappelle : le jour de mes 29 ans l'amie avec qui j'ai le plus confiance dans l'eau m'invite dans une toute petite piscine réservée pour nous deux, en me proposant que l'on prenne le temps nécessaire à cette journée d'anniversaire pour que je parvienne à entièrement m'immerger sous l'eau.
Car bien évidemment toutes ces années passées j'ai été incapable d'immerger ma tête, angoisse trop asphyxiante.
Mais ce jour-là au bout de 5h - de douceur et de lenteur, de corps à corps attentionné, de rires aussi - j'ai découvert un des états que j'aime désormais le plus au monde, celui d'avoir de l'eau bien au-dessus de mon crâne, contre toute ma peau et faisant entendre à mes oreilles ce son d'univers qui me fascine et m'apaise.

Quelques années ont passé depuis.
L'aquatique est devenu un équilibre indispensable à ma vie. L'angoisse existe toujours, presque à chaque fois ; mais les progrès et les nouvelles découvertes (désormais solo) ouvrent avec cette angoisse un dialogue de plus en plus limpide.
Je travaille les équilibres de flottaison/s, les micros mouvements de natation, les régulations de températures (étant extrêmement sensible au froid, mais apprenant étrangement de mieux en mieux à supporter dans l'eau), la respiration, les fermetures des voies respiratoires (ardu niveau muscu pour le nez et la trachée).

Et aujourd'hui...
Je me suis dit quelque chose comme : si j'en viens à ne plus aimer la piscine, il faut que je surpasse quelque chose.
Objectif que je ne parviens pas à atteindre depuis des mois : ouvrir les yeux sous l'eau. Rien de bien compliqué, me dirait-on et ai-je lu dans de nombreux bouquins de natation. Mais je crois que j'apprends l'eau comme on apprend n'importe quoi dans l'existence : au début maladroitement et avec plein de craintes.
Alors ces derniers mois c'était de tentatives en échecs : une fois sous l'eau, en ouvrant les yeux, soit je paniquais violemment dans mes apnées pourtant calmes, soit j'ouvrais en même temps la bouche par un réflexe incontrôlable, et donc...
Aujourd'hui j'ai de nouveau essayé. Des dizaines et des dizaines de fois. Au début trop brusquement, les mêmes échecs s'enchaînaient. Puis je suis parvenu à trouver une position pour tourner ma tête dans l'eau de façon à emmener très progressivement seul mon oeil droit dans l'eau ; quelques gouttes, puis quelques vaguelettes, pour quelque demi-ouvertures, puis de brefs regards aquatiques...
De plus en plus j'entrevoyais un univers que je n'ai pu encore jamais regarder mais juste entendre, et déjà entendre est magique.

Et je ne sais pas qui s'est passé. J'ai décidé d'arrêter un moment ces exercices et d'aller me reposer avec une apnée.
Les codes de communication sous l'eau sont clairement définis à chaque nouvelle apnée envers l'assistant-e qui me tient en immersion.
Codes ok -> signe d'immersion -> immersion.
J'écoute l'eau, puis sans même y penser j'ouvre uniquement les yeux, pour la première fois je parviens à les tenir ouverts, et je vois.
Je vois.
Le bleu rendu encore plus doux par le flou.
La lumière qui caresse.
Les couleurs qui se mélangent comme dans une aquarelle vivante.

Je donne le signal à l'assistante [mon index qui touche sa main] qui me remonte rapidement à la surface, et j'éclate de rire (limite un cri de phoque).

°




dimanche 12 septembre 2010

Dear Sea.

Marcher vagues marcher vagues marcher vent inspirer le monde avancer sons profonds se taire puis tout commenter oeil photographique peau tempo soleil gris royal fuser urbanisme pister rouge surfer forêts filer arbres réaliser puis oublier chercher toujours avancer suivre une musique irrésistible suivre une pensée immense respirer vert regarder bleu ressentir seul triste essentiel libre voler d'idées en idées considérer chaque pas minuscule apprendre chaque jour reconnaissant aujourd'hui s'ouvrir demain.






Ballade aujourd'hui avec un fauteuil buggy,
marché longtemps les roues dans l'eau, au plus près des vagues.


Les regarder regarder la mer, longtemps,
tous les jours.






jeudi 9 septembre 2010

Scheveningen (« Linked to the invisible »)




°



Meijendel, un immense parc national de dunes et d'étendues d'eau, l'endroit où apprendre le vert.





Après le passage de chevaux.