dimanche 25 avril 2010

satursun_dayz



Hier.





Aujourd'hui, roller avec Bro.

jeudi 22 avril 2010

Dynamik's Cube

{ en écoute : « Psycho Killer », Talking Heads }


L'impression de vivre à la vitesse de la lumière & de l'obscurité, de parcourir des milliards de kilomètres dans un millimètre.
Pourtant, le temps : ce Rubik's Cube que je tourne depuis longtemps dans tous les sens et bien souvent avec angoisse... Eh bien je comprends seulement en ce moment ce que j'ai oublié de regarder en le manipulant : ses facettes de couleur clignotent sans cesse, avec une vivacité d'étincelles. Peut-être qu'il ne s'agit pas de trouver les bonnes combinaisons, que j'ai trop cherché jusqu'à présent à faire fonctionner le Rubik's Cube sans remarquer sous mes doigts que le bleu devient orange qui devient vert qui devient blanc qui devient jaune qui devient rouge...


L'ai vu clignoter notamment aujourd'hui.
Les joies et les tristesses tournoient à vive allure ces derniers mois. Aujourd'hui, juste avant de sortir dehors plonger sous le soleil, un mail du spécialiste pneumologue qui m'informe que les résultats de ma dernière oxymétrie nocturne présentent « des événements obstructifs ».
Événements obstructifs, d'accord d'accord, mauvaise nouvelle, d'accord d'accord. Je ferme l'ordinateur comme un geste amnésique, l'embarque dans le sac à dos, direction la rue et le surf urbain. D'accord d'accord, le soleil enfin sur ma peau, c'est tout ce que je veux sentir maintenant.

En ce moment ce qui fonctionne bien lorsque l'esprit est confus : s'engouffrer dans une bibliothèque, se caler au creux d'une forteresse de livres, et travailler. Focus.
Aujourd'hui je commence par travailler à mon journal universitaire de recherche, qui est comme une immense forêt avec d'innombrables arbres, fleurs et personnages-animaux. À chaque fois c'est pareil : je décide de travailler sur un territoire de la forêt, mais je ne peux pas m'empêcher de m'enfoncer plus loin, de zoomer sur des feuilles, des brindilles, des empreintes dans la terre. Je me suis demandé une fois de plus aujourd'hui comment mon prof va parvenir à se promener dans ce journal de recherche lorsque je vais le lui rendre... (D'autres peuvent-ils parvenir à suivre mes promenades ?)
Alors au bout de deux heures dans ce journal forestier, je me dis que je m'éparpille peut-être encore trop et qu'il serait préférable de travailler plutôt le compte-rendu de prises de notes d'une dizaine de conférences. Que ce sera comme un puzzle, et que je ne pourrai pas m'évader au-delà des pièces du puzzle. Et tout compte fait je trouve la tâche difficile : les notes sont vastes, il y a beaucoup d'intervenant-e-s et donc de concepts, j'ai du mal à structurer quelque chose. Structurer ==> comme pour le Rubik's Cube, je veux que ça fonctionne. Mais ça ne fonctionne pas. Alors je décide de réfléchir autrement. Je relis les notes et laisse des mots apparaître, s'évaporer :

structure
temps
limites
force
passion

et j'y vois des couleurs :

structure
temps
limites
force
passion

puis je me remets à parcourir les pages de notes, mais cette fois-ci à une vitesse de défilement nettement supérieure où je ne fais que surligner ces couleurs-idées à des phrases. Les notes se colorient à une cadence d'autoroute, et plus les couleurs-idées remplissent les pages, mieux je saisis l'architecture du compte-rendu à rédiger, son paysage.


Sur l'autoroute de ces mots devenus électriques de couleurs et de mouvements, j'entrevois les clignotements du Rubik's Cube.
Je ne dois plus chercher à fonctionner, mais à saisir les moindres étincelles que mon existence produit et rencontre.




mercredi 21 avril 2010

Applimo




À propos de cette machine : la machine à applaudir, « Applimo ». Je l'ai trouvée dans les toilettes publiques d'une bibliothèque.

Je n'ai jamais vraiment compris la fonction de l'applaudissement : quand faut-il le faire, combien de temps, et surtout pourquoi ? À vrai dire je suis généralement mal à l'aise ou angoissé lorsqu'une foule se met à applaudir. Et ce n'est pas seulement parce que je n'ai pas la fonction motrice avec mes mains, mais bien plus du fait que je ne ressens pas le besoin d'applaudir.
Évidemment, je comprends la fonction sociale : signifier avec du bruit des félicitations, de l'enthousiasme, de la joie. Mais il y a très peu de sens pour moi dans ce geste bruyant. Lorsque je suis ému de quelque chose, touché en joie par quelqu'un-e, ça se passe à l'intérieur de moi, et ça ressort généralement par mes yeux et par mon sourire. Ça déploie comme une épaisse vapeur muticolore à l'intérieur de tout mon corps, le coeur rebondit alors comme un ballon de basket, ça peut fourmiller dans la peau, mais je ne me sens pas avoir envie de frapper les mains l'une contre l'autre. Je ressens bien plus une plénitude qui me donne envie de relâcher tout mon corps plutôt que de l'agiter. Ce qui est parfois embarrassant de décalage lorsque plein d'inconnu-e-s autour de moi se mettent à taper dans les mains là où moi je me retrouve tranquillement en apesanteur.

dimanche 11 avril 2010

Désir continuer à être agréablement curieux de l'expérience de clé à molette.

L'Homme au regard d'Aigle a constitué une liste de mots à partir de notre correspondance :

« Désir
Forfaiture
Quiconque
Corps
Curiosité
cliniquement
Expérience
Mixité
Psychiatrie
Trachéotomie
Clé à molette
Homosexualité
Continuer
Techniquement
Agréable »

Elle m'intrigue. Je crois que je dis toujours « intriguer » pour « plaire ».
Envie d'y jouer.

Désir ==> vagues, profusion (sanguine), selon Deleuze « crée de la réalité », peur d'autrui, p/eau chaude
Forfaiture ==> trouver les interstices, développer les ondes, deuils/path
Quiconque ==> transparence de l'autre
Corps ==> input/output, dégénérescence, Sans Organes, érogène, gestes sublimes* / contemplation
Curiosité ==> vitalité, (ma) déception de l'adulte
cliniquement ==> pas de majuscule... biopouvoir, néons blancs, crises d'angoisses
Expérience ==> apprentissage de l'équilibre, rencontre
Mixité ==> utopie, politique
Psychiatrie ==> asphyxie (clinique), création sublime* (alternative)
Trachéotomie ==> un nouveau trou chéri/e
Clé à molette ==> composer la matrice, fascination des objets, aimer bricoler/adapter
Homosexualité ==> sexualités, plaisirs, évidence
Continuer ==> jouer
Techniquement ==> architecture anatomique, érotique cyborg
Agréable ==> sourire.

mardi 6 avril 2010

« Les moments privilégiés », Francis Lesourd


-->Travaillé ceci aujourd'hui à la bibliothèque (<== silence / moquette rouge / lumière montagneuse).
Beaucoup d'écho/s. Résonance avec ma latitude-longitude actuelle. Et d'autres pensées au-delà de mon horizon.

*
Au plan théorique, ce que j’appelle les moments privilégiés constitue un objet transdisciplinaire dont l'intelligibilité peut bénéficier du croisement de différentes notions : épiphanie, liminarité, autopoïèse, etc.

Le premier terme, celui d'épiphanie qui, étymologiquement, signifie « révélation » est redéfini par Norman Denzin comme « moment d’expérience problématique qui illumine le caractère personnel, et souvent signifie un tournant de la vie d’une personne ». De tels moments peuvent s'avérer contemporains d'un événement particulier, spectaculaire ou anodin ou, au contraire, lui donner sens après-coup. [...]

La notion de moment privilégié, outre les caractères de tournant et de révélation qu'elle emprunte à l'épiphanie, possède une forte composante liminaire ; elle renvoie à une transition entre deux façons de se donner sens au long cours. Cette liminarité, déjà évoquée par Denzin, est soulignée par Jeanne-Marie Gingras. En référence à sa pratique des histoires de vie, celle-ci insiste sur ses dimensions chaotiques en décrivant le « magma de sensations de souvenirs, de sentiments, de documents » rassemblés dans la phase préalable à l’élaboration biographique. Pour l’auteur, il faut « résister à la tentation de sortir trop vite de ce chaos (...) Fuir le chaos à cause du désagrément que je ressens à rester dedans n’est pas la solution la plus heureuse... et ce n’est surtout pas créer. Si je veux aller de l’informe vers la forme qui se définit peu à peu, qui s’articule au fur et à mesure que j’avance, il m’est nécessaire de supporter le chaos jusqu’à ce qu’une inégalisation se produise (...) jusqu’à ce qu’une idée me vienne, comme un déclic, une étincelle, un « flash » se produisant, tout à coup, et me touchant affectivement. »

Révélation d'un sens densifié au cœur d'un vécu chaotique, le moment privilégié apparaît encore comme une (re)création, comme une autopoïèse : engendrement et spécification de sa propre organisation. Gaston Pineau témoigne d’un tel processus à travers la veille dans la nuit, « expérience unique d'autoformation. La nuit contracte l'espace, dilue les formes, mélange l'intérieur et l'extérieur, l'objectif et le subjectif, le réel et l'imaginaire. Elle bouleverse les repères du moi visuel. C'est une écoute tendue de silences et de bruits invisibles qui ne se laissent pas clairement repérer mais qui créent des formes inédites de coexistence entre soi et le monde. Ces formes sont traversées et constituées par des va-et-vient accélérés et incontrôlés entre intériorisation et extériorisation qui dissolvent les objets, les sujets (…) Autoformation de formes par mixages inextricables de pulsions et d'impulsions externes et internes. »

dimanche 4 avril 2010

du soleil liquide

Anecdotique.

Hier des heures dans l'eau. Ou peut-être même plus des heures car il ne s'agit plus de la terre, du sol, mais d'un autre élément, un autre temps à l'intérieur et à l'extérieur de mon corps. Moment superbe, absolument doux & puissant (encore une fois ce mot en moi, qui revient souvent dernièrement : « profusion ».).

Je sors nettement plus tard de la piscine que ce que j'avais planifié. [D'ailleurs il faudrait que je comprenne un jour pourquoi je planifie tant alors qu'au final je ne parviens jamais à suiv
re les structures temporelles, je les déborde toujours, elles m'échappent.] Après la piscine j'avais prévu d'aller faire des courses en vue de Bro qui rentrait en début de nuit de plusieurs mois en Palestine. Faire les courses est rarement une corvée pour moi : je suis fasciné des objets sur les étalages, quels qu'ils soient, je peux passer un temps infini dans chaque rayon à tout regarder (les formes, les couleurs, les mots, les assemblages). Du coup je préfère nettement faire les courses seul, car généralement si je suis avec un-e proche je suis angoissé de devoir survoler les objets sans prendre le temps de les comprendre, et j'insupporte l'autre. Un supermarché pour moi c'est un peu comme un musée de quartier, je n'arrive pas à « lister » ce que je veux voir, j'ai besoin de tout voir.
Donc : je veux faire les courses pour l'arrivée de Bro. J'adore aussi faire les courses pour quelqu'un-e, lui prendre des produits qui lui font du bien ; pour ça, j'aime vivre à deux. Objectif : lui préparer le lendemain matin un petit déjeuner royal, du soleil sur plateau. Alors je m'amuse à choisir des produits pour lui composer du soleil. Élément indispensable : du miel.


Premier loupé : Bro se réveille avant moi, je n'ai donc pas eu le temps de lui déposer le plateau à côté de son lit. Je m'en veux.

Deuxième joyeux loupé. Le son que j'entends depuis la cuisine, puis Bro qui me crie « ohhh, j'ai fait une bêtise... je peux prendre ton appareil photo ? »... Voici :




Je rigole.

Et puis je n'ose pas lui dire que le bruit du verre qui se casse m'a toujours enchanté, un son d'étoiles (ce qui fait que j'adore aller vider le verre dans les bennes) [I'm a perfect domestic partner, indeed.], et qu'une f
laque de miel me fascine littéralement. Comme du soleil liquide.

samedi 3 avril 2010

merci aujourd'hui



{ Gris majestueux.
Un véritable océan, avec ses vagues fières, ses interstices lumineux. Puissant, réconfortant.
Regardé intensément.





{ Devenir l'eau.



vendredi 2 avril 2010

créer l'océan

Well. Il faut probablement accepter que la période est trouble. Que je suis dans des eaux troubles.

C'est logique, sauf que suis toujours extrêmement exigeant avec moi-même, se persuadant de trouver des solutions par moi-même, de réagir depuis mon intellect (focus), de réduire efficacement mes déséquilibres-erreurs... Mais depuis avant-hier je me noie si je m'agite. Et c'est une autre logique : on se noie lorsqu'on brasse désespérément. Technique évidente : se laisser flotter, se laisser porter. Ok.


Hier piscine, besoin d'éteindre mes pensées.
Une très bonne piscine, celle où je vais désormais depuis plus d'un an, bien équipée, eau oxygénée, et mon bassin d'entraînement généralement dans les 30°, parfait. Malheureusement, lorsque j'arrive l'agent d'accueil m'informe que mon bassin est de nouveau fermé pour problèmes techniques (« je suis très embêté, je sais que nager est vraiment important pour vous »). J'hésite, puis je décide d'aller dans le bassin sportif... Mauvaise idée : dangereux car mon assistante n'a pas rapidement pieds, le système technique pour me mettre à l'eau est douloureux, je suis fatigué et donc l'eau m'est froide.
Pour autant je nage (toujours sur le dos), de toutes mes forces ==> pour moi : quelques centimètres d'avancés = des millièmes de millimètres de concentration-effort pour connecter les nerfs/mus
cles et trouver cette fameuse ondulation que je cherche passionnément. De plaisir, je crois que je n'aurais vraiment qu'une dizaine de secondes, où je parviens à caler une ondulation des épaules aux genoux, limpide, suave, je glisse tout seul, woah... je souris aussi bizarrement qu'un dauphin... Mais ce jour là il y a un évident déséquilibre entre mon esprit et mon corps, je me sens angoissé, je panique vite, peur de l'eau, « de m'étouffer ».
Je sors. Dans les vestiaires, la maître nageuse - douce, attentionnée - vient me trouver, elle me demande quelle est mon angoisse. « Peur de m'étouffer ». Alors profondément envie d'aller dans l'eau avec elle, de flotter tranquillement pendant que la nuit tombe, et de lui parler de l'annonce de la trachéotomie, de ma peine, de mes craintes... Mais je l'écoute : elle me dit qu'il faut que j'apprenne à mettre ma tête sous l'eau sans masque. J'en rêve ! Mais je n'ai plus confiance en mes voies respiratoires supérieures, suis paumé. Elle dit que je vais y arriver, qu'elle me voit souvent heureux dans l'eau et qu'aujourd'hui j'étais anormalement angoissé.

Suis rentré chez moi contrarié. Je peux °encore° aller dans l'eau, pourtant ce jour j'ai eu beaucoup de mal à trouver l'eau.

La nuit je dors mal. Je rêve que je m'étouffe, je me réveille plusieurs fois en panique... constatant qu'en effet je respire très mal. Psychologique ? Physique ? Les deux, probablement.

Une amie vient prendre le petit-déj avec moi. Suis mentalement blanc
, on parle de la trach', de l'avenir, j'ai envie de pleurer mais je serre la mâchoire... Elle active quelque chose de magique : elle me parle d'où se trouve la maison à l'île de Ré qu'elle me prête et où je vais fin juin, j'entends la mer, du silence, de l'étendue.
Ce qui me donne goût à me mettre au boulot ensuite. Il y a une dizaine d'années à l'université il m'arrivait fréquemment d'écouter un cours, activement en prenant des notes, tout en lisant en même temps un roman. [Un jour un prof n'avait pas supporté de me voir lire, il m'avait sommé de lui exposer ce qu'il était en train de dire, je l'avais fait sans difficulté, car je lisais autant que je suivais.] Et aujourd'hui ça s'est reprodu
it, plus intensément : j'écoutais et prenais les notes d'une conférence audio pour un cours, en arrière-fond je percevais de la musique, puis je me suis mis *en même temps* à lire un blog. Je sais depuis longtemps que j'ai parfois cette capacité - imprévisible - à concentrer mon esprit sur plusieurs discussions, plusieurs activités, plusieurs visibilités. Sauf qu'aujourd'hui je l'ai vécu de cette façon : dissémination. Du trop pour oublier, pour éviter. Je suis sans dessus dessous, comme si mon esprit a reçu un énième choc trop déstabilisant. Je chavire.

Ai arrêté le travail. Et appelé la piscine : mon bassin d'entraînement était encore fermé.
Je décide alors de tenter une autre piscine. Une fois de plus, mauvais choix (dissémination = mauvais choix ? sûrement). L'information de cette piscine est mensongère, il n'y a pas de matériel adapté pour me descendre à l'eau confortablement, le personnel est franchement irrespectueux avec moi, et évidemment l'eau est chlorée et encore plus froide qu'hier. Je ne nage pas très bien car suis toujours angoissé, j'essaie de me ressaisir en me concentrant à mettre la tête nue sous l'eau, je n'y parviens pas. Eaux troubles.
Alors je décide de me laisser porter, de me laisser aller. Juste la douceur de l'eau. Quelque chose s'apaise un peu. Et je ressens plus distinctement ce qu'il y a au fond de moi, au creux de ma vie actuellement : de la peur. Peur de ne plus maîtriser mon corps, et peur de perdre ce/ux que j'aime. La CoPilot a dit hier que ma vie est une forme d'accélération : de ma compréhension des choses à la dégradation de mon corps. Oui, accéléré. Mais là, évidemment, je trouve que « ça » va trop vite.

Ok, eaux troub
les.
J'ai besoin de temps et d'espace interne.


Idéalemen
t : marcher au bord de l'océan. En attendant, je vais créer cet océan dans ma tête.

*


Aujourd'hui lorsque je me suis détendu, j'ai pris ces photos.